Par Jean-Philippe Grillet – Aucun animal – on peut le dire sans exagération – n’est pour l’homme un compagnon aussi fidèle, en règle général importun, et même dans certaines circonstances insupportable, que la mouche (…) Nous connaissons tous ses défauts, ses intrusions agaçantes, sa gourmandise et son besoin de tout salir ; personne ne saurait vanter une seule de ses qualités. Voici comment, en 1877, dans sa célèbre Vie des animaux en six volumes, le zoologiste allemand Alfred Brehm décrit cet insecte parfaitement impopulaire, alors qu’il se montre bienveillant à l’égard des organismes unicellulaires, des vermisseaux et des invertébrés.
Dans ce texte renseigné et plein d’humour, Peter Geimer brosse une histoire culturelle de cet insecte apparemment superflu. Au fil des chapitres, le lecteur découvre l’étonnante richesse du monde des mouches, tout comme l’agacement ou la répulsion qu’elles peuvent susciter chez l’humain. L’auteur se penche sur une véritable littérature de condamnation qui s’est établie depuis l’Antiquité, mais aussi sur les différentes représentations picturales de l’insecte ou encore sur la fascination pour son appareil visuel, en particulier dans l’histoire du cinéma et de la photographie.
Non seulement l’éditeur ose publier un livre titré Mouches. Un portrait, mais de surcroît, il le présente d’une manière si pertinente que je n’ai pas su écrire mieux ! D’autant que le texte et les images illustrent à merveille comment la présence de la mouche enrichit notre monde d’humains généralement agressifs à son égard. Passionné de nature, à l’exception de la mouche jusqu’à la lecture de ce livre, ainsi me définirai-je désormais…
Jean-Philippe Grillet
Moches. Un portrait, Peter Geimer, traduit de l’allemand par Laurent Cassagnau, éditions Macula, 2026, 135 pages, 18 €


