Nos lignes Maginot

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A quoi servent les lignes Maginot ?

A se croire les plus forts, à se sentir à l’abri, et à perdre les guerres…

Pour l’avoir oublié, les défenseurs du Vivant voient aujourd’hui déferler les divisions blindées de la nécro-agriculture et de l’industrie fossile qui relancent les pesticides les plus ravageurs ; les bataillons de la mobilité carbonée qui défilent au pas cadencé (en abrogeant les zones à faibles émissions ou en remettant en branle les pelleteuses de l’A 69) ; les pourfendeurs de la biodiversité qui repartent à la chasse au loup…

Nous avions bâti des lignes Maginot juridiques, légales, réglementaires ou conventionnelles, que nous pensions inexpugnables. Comme en juin 1940, l’ennemi les a contournées. Le loup était protégé par la Convention de Berne ? La belle affaire : à l’initiative de l’Union européenne, les états-membres ont voté l’abaissement de son statut de « strictement protégé » à « protégé ». Les arrêtés de destruction d’espèces protégées devaient être motivés par une « raison d’intérêt public majeur », susceptible d’être appréciée par les tribunaux administratifs ? Pas de problème : on déclare que les projets les plus mortifères (A 69, méga-bassines) sont « par nature » d’intérêt public. Et le tour est joué…

Pendant que nous entretenions nos fortins, les lobbies extractivistes étaient à l’action. Un exemple ? Il a fallu l’alliance de la France insoumise et du Rassemblement national pour voter le démantèlement des ZFE, au motif que ces zones excluraient les classes populaires puisque celles-ci n’ont pas les moyens de remplacer leurs vieux diesels. Alors que la réalité, c’est que les SUV de deux tonnes de la bourgeoisie conquérante vont pouvoir à nouveau nous gazer de leurs particules fines. Jolie manœuvre…

Après la débâcle, adviendra-t-il le temps de la résistance ? Il faudra repartir à la tâche, convaincre et pas imposer, argumenter. Et surtout, imaginer des alternatives désirables à opposer aux snipers qui nous flinguent à coup d’ « écologie punitive », de « contraintes insoutenables », et de marketing du « toujours plus ».

Il disait quoi, l’autre, à Londres, en 1940 ? « Des gouvernements de rencontre ont pu capituler, cédant à la panique, oubliant l’honneur, livrant le pays à la servitude… Cependant rien n’est perdu. Nous avons perdu une bataille, nous n’avons pas perdu la guerre ».