L’Allemand et la baleine à bosse

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Il faudrait être très, très myope pour confondre un Allemand avec une baleine à bosse. Le premier est un mammifère terrestre omnivore humanoïde, qui mesure en moyenne 1,70 m et pèse 75 kilos. La baleine à bosse, de son côté, est un mammifère marin piscivore, cétacé à fanons, qui mesure entre 13 et 15 mètres et pèse en moyenne 30 tonnes

L’Allemand et la baleine à bosse parcourent l’un-e et l’autre, chaque année, environ 15 000 kilomètres. Mais pas de la même façon. La baleine, qui compte parmi les plus grands voyageurs du monde, migre chaque hiver de l’Antarctique où elle se nourrit aux eaux tropicales où elle se reproduit. L’Allemand, lui, migre quotidiennement de son domicile à son travail, et de là au MacDo, où il se nourrit. A cette migration pendulaire s’en ajoute un autre, annuelle, qui le pousse vers les mers chaudes où il reconstitue sa force de travail.

Ces données -passionnantes, convenons-en…- proviennent d’une étude parue la semaine dernière dans la revue Nature Ecology & Evolution. On y découvre que les humains, rien qu’en marchant, se déplacent beaucoup plus que tous les animaux sauvages terrestres : le mouvement de biomasse (le poids de tous les représentants d’une espèce multiplié par la distance qu’elle parcourt chaque année) des humains, 600 gigatonnes-kilomètres par an, excède largement celui de toute la vie sauvage terrestre (entre 100 et moins de 400 gigatonnes-kilomètres). Si on y ajoute les déplacements motorisés, la disproportion est évidemment bien plus spectaculaire : le mouvement de biomasse combiné de tous les oiseaux sauvages, des arthropodes et des mammifères sauvages terrestres est 40 fois inférieur à celui des humains…

Et la baleine, dans tout ça ? La même étude révèle que les mouvements de biomasse dans l’océan ont diminué de 60 % depuis 1850, principalement à cause de la pêche industrielle et… de la chasse à la baleine.

En 2018, une précédente étude nous avait appris que les humains (36%) et leur bétail domestique (60 %), représentent ensemble 96 % de la biomasse mammifère du globe, ne laissant qu’un misérable 4 % à tous les mammifères sauvages (dont la baleine).

Ce nouveau travail confirme le poids écrasant, au sens strict, de l’humanité et de ses 8,5 milliards d’individus au sein du vivant.