A lire – L’homme qui lisait des livres, Rachid Benzine

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Par Jean-Philippe Grillet – La télévision montre l’enfer de Gaza, la radio et les journaux le racontent, ce livre prend le temps – 60 ans – de nous en faire vivre les détails : affrontements, souffrances, absurdité. Lors d’un long dialogue entre un photographe et un libraire. Le premier est venu à Gaza, mandaté par son agence ; il parcourt la ville et rencontre un vieux libraire. Celui-ci lit devant sa librairie en partie dévastée et pourtant si accueillante tant les livres occupent l’espace et rassurent le visiteur. Il y a tout dans cette scène du vieux libraire lisant. Tout ce que Gaza est devenu. Un vieux libraire accroché encore à ses bouquins, qui lit à deux pas des ruines. Comme si les mots pouvaient le sauver du bruit, de la souffrance, de la mort lente de la ville.

Le libraire accueille le photographe, lui offre du thé et se met à raconter sa vie. Au moment de mourir, tué par les soldats, Moussa lui a dit : Lis. Lis jusqu’à en perdre la raison. Mais lis, petit frère. Lis. C’est ainsi que Nabil découvrit peu à peu le goût des livres, le bonheur de la lecture. Au point de vouloir tout lire. Et d’ouvrir une librairie. Un lieu où partager découvertes et émerveillements.

Dans un monde où les bombes tentent d’avoir le dernier mot, Nabil nous rappelle que les livres sont notre plus grande chance de survie – non pour fuir le réel, mais pour l’habiter pleinement.

Page après page, j’ai remercié Rachid Benzine de nous offrir une histoire que j’écoute à nouveau chaque fois que j’entends le mot Gaza.

Jean-Philippe Grillet

L’homme qui lisait des livres, Rachid Benzine, Julliard, 2025, 126 pages, 18 €