Le meuble qui cache la forêt: un documentaire sur l’appétit d’Ikea pour le bois

mastrminda de Pixabay

85
mastrminda de Pixabay
⏱ Lecture 2 mn.

Un arbre abattu toutes les deux secondes pour fabriquer des meubles. Un documentaire sur Ikea, présenté cette semaine en avant-première au festival Fipadoc de Biarritz, épingle les « coupes claires » du géant suédois dans les forêts mondiales.

 Réalisé par Marianne Kerfriden et Xavier Deleu, co-produit par le média d’investigation Disclose et la société Premières Lignes, ce film qui voyage dans les pays fournisseurs du groupe sera diffusé le 28 février sur la chaîne Arte.  En Roumanie, en Pologne, en Suède, au Brésil ou en Nouvelle-Zélande, les auteurs ont rencontré des militants révoltés par l’exploitation du bois mais aussi des représentants de cette industrie essentielle à la multinationale, dont le chiffre d’affaires a dépassé 44 milliards d’euros en 2023.  Le documentaire présenté lundi puis vendredi à Biarritz est sélectionné dans la catégorie « Impact » du festival, consacrée aux droits humains, à la justice sociale et à l’environnement.  « On est là pour apporter notre pierre à l’édifice. Mais nous, les journalistes, on n’est pas les seuls, on arrive après les citoyens et les ONG qui ont travaillé » pour repérer les zones exploitées et documenter les coupes, estime Xavier Deleu, journaliste d’investigation et réalisateur.  L’enquête de Disclose a démarré dans la foulée d’une précédente, sortie l’an dernier. Elle portait sur un trafic de chênes depuis la France vers la Chine et avait permis de remonter le fil de sous-traitants d’Ikea « ayant recours au travail forcé dans les prisons et les colonies pénales biélorusses », selon le média d’investigation.  « On s’est dit qu’il fallait creuser davantage. Très vite, c’est l’angle environnemental qui nous a paru pertinent parce qu’un arbre abattu toutes les deux secondes juste pour les besoins d’Ikea, c’est énorme », retrace Marianne Kerfriden, qui avait déjà réalisé « L’ogre du lait » sur Lactalis en 2020.

Empreinte

Intitulé « Ikea, le seigneur des forêts », le documentaire s’interroge sur le passage « d’une époque où l’on ne posait pas la question de l’empreinte écologique de nos achats, à une autre où l’on ne peut plus acheter sans se demander d’où vient le produit, dans quelles conditions a-t-il été produit et quel est son poids pour l’environnement », abonde Xavier Deleu.  Selon lui, « on a tous oublié ce qu’est une forêt »: « Quand on voit des arbres partout le long d’une route, on est rassuré mais en réalité on ne va pas assez profond pour voir les coupes claires ».  « Une plantation d’arbres n’est pas une forêt », renchérit Marianne Kerfriden, pointant que l’Europe n’a quasiment plus de forêt primaire. « Elles ont toutes disparu, à l’exception de celle de Bialowieza, en Pologne. »  Pour Xavier Deleu, les exploitants « profitent du débat sur le réchauffement climatique en disant que ne pas couper d’arbres, ce serait laisser plus de place à des énergies fossiles ». Autrement dit, argumente l’industrie, « ce qu’on produit avec du bois remplace le plastique ».  Le film évoque aussi le sort de peuples autochtones comme les Samis, éleveurs de rennes qui voient la nourriture de leurs bêtes disparaître en Laponie; ou les Maoris, en Nouvelle-Zélande, chassés de leurs fermes par des projets de plantation d’arbres destinées, selon les auteurs, à assurer la neutralité carbone du géant suédois.  Celui-ci ne s’exprime pas face caméra mais a répondu par écrit aux réalisateurs.  Sollicité mardi par l’AFP, Ikra a répondu qu’il consommait « environ 0,5% du bois abattu chaque année dans le monde à des fins industrielles », assurant s’approvisionner exclusivement dans des forêts « gérées de façon éco-responsable, dont l’exploitation ne contribue pas à la déforestation ni ne viole les droits humains ».  « Notre approche consiste à travailler avec les populations locales, à respecter et défendre les traditions dans les zones où nous opérons » et « chaque année nous travaillons à replanter davantage d’arbres que nous en abattons », a ajouté le groupe, précisant avoir acquis « sur le marché » toutes les terres qu’il exploite en Nouvelle-Zélande.  cas/ppy/as