Les écailles de pangolin sont retirées de la médecine traditionnelle chinoise (3 mn 30)

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La Chine a fait part de son intention de bannir l’usage des écailles de pangolin dans sa médecine traditionnelle, une annonce qui donne un espoir de survie à cet animal en voie de disparition.

Le gouvernement chinois a officiellement retiré les écailles de pangolin de la liste des ingrédients approuvés en médecine traditionnelle, une mesure capitale qui pourrait mettre fin au commerce illégal à grande échelle de ces mammifères à écailles, selon les écologistes. Les huit espèces de pangolins constituent ensemble l’un des animaux faisant l’objet du plus grand trafic au monde, avec plus d’un million d’individus commercialisés depuis 2000, selon un rapport de la CITES. Rien qu’en 2019, plus de 97 tonnes d’écailles provenant de plus de 150 000 pangolins africains ont été interceptées par les autorités, selon les données recueillies par le Groupe de travail sur les pangolins africains. Or, selon ce dernier, cette partie du corps ne représente qu’environ 10% du commerce du pangolin. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Ce commerce a persisté malgré le fait que les pangolins soient une espèce protégée par l’annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), qui interdit tout commerce international sauf dans des circonstances extraordinaires. Cependant, la CITES ne réglemente pas le commerce de l’espèce à l’intérieur d’un pays, c’est pourquoi la vente de parties de pangolin a persisté en Chine. Le retrait des pangolins de la liste des espèces utilisées en médecine traditionnelle chinoise (MTC), qui a été rapporté le 9 juin par le journal China Health Times, fait suite à l’annonce du gouvernement selon laquelle les pangolins sont désormais une espèce protégée au niveau national en Chine, ce qui leur confère la même protection qu’une espèce inscrite à l’annexe I de la CITES. Cette décision a été précipitée par la pandémie de COVID-19, qui aurait débuté dans un marché d’animaux sauvages à Wuhan. Les associations, qui se sont réjouies de la nouvelle, ont annoncé qu’elles attendaient de plus amples détails sur les produits déjà sur le marché ou sur la durée des ventes légales.

Il est toutefois peu probable que le commerce se termine du jour au lendemain, ont-elles aussi laissé entendre, ajoutant qu’une combinaison de réglementations plus claires, d’application plus stricte de la loi et d’une plus grande sensibilisation du public était nécessaires pour mettre fin efficacement à ces problèmes de consommation d’animaux sauvages. Les écailles de pangolin sont largement utilisées en MTC, car on pense qu’elles ont des qualités médicinales et spirituelles particulières, bien qu’elles ne soient constituées que de kératine, la même substance qui compose les cheveux et les ongles humains. Les écailles sont broyées en poudre et ajoutées à plus de 60 produits commerciaux différents en Chine.

L’annonce est d’autant plus importante que la MTC joue un rôle économique et idéologique de premier ordre en Chine, comme l’a rappelé Le Mondedans un récent article. Le journaliste Frédéric Lemaître y rappelle que, « clairement, pour Xi Jinping, la MTC fait partie des ‘solutions chinoises’ qu’il entend apporter au reste du monde.» En témoigne l’acceptation, assez paradoxale, de la bile d’ours comme l’un des traitements traditionnels qui auraient permis de juguler le Covid-19 dans le pays. En Chine, la MTC s’élevait en 2015 à plus de 786 milliards de yuans (environ 100 milliards d’euros), soit 28,5 % du total de l’industrie pharmaceutique du pays. Pékin, dans un projet de réglementation de la MTC, prévoit de punir toute diffamation ou calomnie à l’encontre de la médecine traditionnelle.

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