Avec le Covid, la filière du petit gibier a du plomb dans l’aile

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« C’est comme dire à un glacier qu’il ne peut pas vendre en juillet-août » : après un mois de novembre sans chasse, les éleveurs de petit gibier de chasse craignent de ne pas se relever du Covid-19 malgré les annonces de Jean Castex.

La filière du petit gibier s’inquiète pour son chiffre d’affaires en raison des restrictions liées au Covid. « Novembre, c’est notre mois le plus fort. La grosse saison va du 15 octobre au 15 décembre. On fait environ 80% de notre chiffre d’affaires« , attaque Christophe Bertin, le président de la section Sologne du Syndicat national des producteurs de gibier de chasse (SNPGC). Interdite au début du reconfinement le 29 octobre, la chasse a ensuite été autorisée à partir du 28 novembre. Sans pour autant que cela change franchement la donne, selon l’éleveur situé à Chauvigny-du-Perche (Loir-et-Cher).

« En Sologne, il y a des propriétés privées et des gens qui n’habitent pas sur place. La limite de 20 km et trois heures empêche de chasser. La clientèle parisienne ne peut pas venir« , explique-t-il. Les sociétés de chasse n’achètent donc pas de gibier. Depuis deux semaines, les éleveurs vendent un peu, mais entre 10% et 25% du volume habituel d’une semaine d’automne. Pas de quoi rattraper le manque à gagner. « Et en plus, il y a la grippe aviaire », déplore ce spécialiste de la perdrix. « Et notre filière était déjà impactée par le Brexit, car on vendait pas mal en Angleterre. On est reconnu pour nos conditions sanitaires et notre qualité. »

À Sully-sur-Loire (Loiret), Stéphane Puisset est l’un des 450 éleveurs français menacés (10.000 emplois directs et indirects selon le SNPGC). Lui non plus ne sait que faire de ses 68.000 oiseaux. À cette époque-là, les volières longues de plusieurs centaines de mètres pour laisser les animaux s’entraîner au vol devraient abriter deux fois moins de faisans. « On aurait dû vendre 30.000 oiseaux à neuf euros en moyenne et notre chiffre d’affaires c’est presque zéro« , regrette le cynégéticulteur qui emploie onze salariés.

« On ne sait pas ce que l’on va en faire. D’ici un mois, avec la maturité sexuelle, ils vont commencer à se battre… », explique-t-il. Le regard noir, l’éleveur parle de « désespoir« , sans solution. Pas moyen de vendre ses bêtes en boucherie, insiste-t-il. « Ce sont des oiseaux de chasse, (…) des souches légères. Ce n’est pas ce que les volaillers recherchent. » « Il n’y a pas d’autre marché car celui de la boucherie est déjà saturé », abonde Christophe Bertin. « Et avec la fermeture des restaurants, la filière gastronomique cailles et pigeonneaux n’existe plus. » Selon le SNPGC, il y a actuellement 4,5 millions d’oiseaux coincés dans des volières françaises. Il ne devrait plus rester que 600.000 bêtes dans les élevages.

« Le froid et l’humidité s’installent », détaille Thomas Delépine, éleveur à Neung-sur-Beuvron (Loir-et-Cher). « Les volières devraient être vides. Les oiseaux sont concentrés, ils ne vont pas bien se porter. » « Un oiseau coûte un euro par mois de nourriture et on a zéro rentrée d’argent. Les marchands d’alimentation nous vendent à crédit, mais quand cela atteint certaines sommes, ils serrent la vis et nous on n’a pas les sous », s’inquiète celui à qui il en reste 22.000 sur les bras. Les annonces de Jean Castex jeudi n’ont pas rassuré les éleveurs. Le Premier ministre a autorisé les loisirs en plein air à partir du 15 décembre, mais la chasse, elle, ferme généralement, selon les espèces, durant le mois de janvier.

« On va bénéficier à partir du 15 décembre du même dispositif que les autres activités comme l’équitation ou la voile », apprécie Jean-Christophe Chastang, président du SNPGC. « Cela va dans la bonne direction mais on ne va pas rattraper. On ne vend pas des sapins de Noël au mois de mars. » Reste désormais à prolonger l’ouverture de la chasse jusqu’en février, selon la filière. Histoire d’éviter « la catastrophe ». Cette prolongation exceptionnelle a d’ailleurs déjà été actée par les préfectures du Nord et du Pas-de-Calais. C’est la seule solution selon les éleveurs qui n’imaginent pas d’alternative et scrutent le ciel. Ils redoutent maintenant la neige, l’ennemi qui fait s’effondrer les volières et interdit la chasse.