Déforestation au Brésil : Norvège et Allemagne bloquent les subventions ; Bolsonaro dédramatise (3 mn)

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La Norvège et l’Allemagne ont bloqué 65 millions d’euros de d’aides à la lutte contre la déforestation au Brésil, jugeant que le gouvernement en place ne faisait aucun effort en la matière, ce qu’a confirmé l’Institut national de recherche spatiale brésilien en montrant que la déforestation en juillet 2019 a été quasiment quatre fois supérieure à ce qu’elle avait été au même mois de 2018. De son côté, le président Bolsonaro a crié aux « interprétations sensationnalistes« .

La Norvège, le principal bailleur de fonds pour la protection de la forêt amazonienne, a annoncé jeudi 15 août le blocage de 30 millions d’euros de subventions destinées au Brésil, accusé de ne « plus souhaiter arrêter la déforestation« . Ce riche pays scandinave reproche à Brasilia d’avoir « rompu l’accord » passé avec les donateurs du Fonds de préservation de la forêt amazonienne, auquel Oslo a versé 8,3 milliards de couronnes (828 millions d’euros) depuis sa création en 2008. « Le Brésil a rompu l’accord avec la Norvège et l’Allemagne depuis qu’il a suspendu le conseil d’administration et le comité technique du Fonds pour l’Amazonie« , a déclaré le ministre de l’Environnement et du Climat, Ola Elvestuen, au journal norvégien Dagens Naeringsliv (DN). « Il ne peut pas faire cela sans que la Norvège et l’Allemagne soient d’accord« , a-t-il souligné. A Sao Paulo, le ministre de l’Environnement Ricardo Salles a déclaré que le Fonds était « suspendu« . « Les règles régissant le Fonds amazonien sont en discussion, nous attendons de voir » le résultat de ces discussions, a-t-il dit au cours d’une rencontre avec ses homologues des Brics (les « puissances émergentes » qui rassemblent, outre le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud), sans fournir de précisions. Les versements annuels norvégiens fluctuent en fonction des résultats obtenus dans la lutte contre la déforestation, calculés par un comité technique. Selon des calculs encore provisoires reposant sur les volumes de déforestation en 2018, la Norvège aurait dû verser cette année à Brasilia quelque 300 millions de couronnes (30 millions d’euros), ce qu’elle refuse désormais de faire. « Ce dont le Brésil a fait montre, c’est qu’il ne souhaite plus arrêter la déforestation« , a affirmé M. Elvestuen. Alerté par les chiffres illustrant une intensification de la déforestation depuis l’arrivée au pouvoir du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, le gouvernement allemand a également annoncé samedi suspendre une partie de ses subventions. Berlin a décidé de bloquer 35 millions d’euros jusqu’à ce que les chiffres de la déforestation redeviennent encourageants, tout en continuant toutefois de contribuer au Fonds de préservation de la forêt amazonienne. M. Bolsonaro avait réagi en affirmant que son pays n’avait « pas besoin » des subventions allemandes. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Les derniers chiffres officiels de l’Institut national de recherche spatiale brésilien (INPE) montrent que la déforestation en juillet a été quasiment quatre fois supérieure à ce qu’elle avait été au même mois de 2018. Jusqu’au mois d’avril, la déforestation se maintenait à un niveau similaire à celui des dernières années. Mais elle a augmenté de façon exponentielle ces derniers mois: 738,4 km2 en mai (+34% par rapport au même moi en 2018), 931,7 km2 en juin (+90,7%) et 2.254,8 km2 en juillet (+277,9%).  Le ministre de l’Environnement Ricardo Salles a cependant attribué à des « interprétations sensationnalistes de médias » la répercussion de la publication de données confirmant une forte augmentation de la déforestation en Amazonie. « Le gouvernement se bat avec les chiffres« , rétorque Carlos Rittl, directeur du réseau d’ONG Observatoire du Climat. « La rapidité à laquelle ces zones sont déforestées est choquante, mais malheureusement prévisible, en raison de la politique anti-environnementale » menée par Bolsonaro, ajoute-t-il. Vendredi 2 août, le directeur de l’INPE a été limogé. Le président avait accusé cet organisme public de diffuser des données « mensongères et au service des ONG« . Le gouvernement a nommé dans la foulée un nouveau directeur par intérim, un militaire sommé désormais de présenter au président Bolsonaro toute nouvelle donnée avant de la rendre publique. M. Salles a pour sa part annoncé qu’il se rendrait dans plusieurs pays européens en septembre pour « montrer le vrai Brésil« , assurant qu’il disposait « d’un plan » pour lutter contre la déforestation.

Jair Bolsonaro lui-même a qualifié de « mauvais Brésiliens » ceux qui « osent faire campagne avec des données mensongères sur notre Amazonie« . « Il faut en finir avec ça et montrer au monde que le gouvernement a changé. Nous avons la responsabilité de faire en sorte que l’Amazonie continue à nous appartenir, sans renoncer à l’exploiter en respectant les préceptes du développement durable« , a-t-il ajouté. L’ex-capitaine de l’armée envisage notamment d’ouvrir les territoires réservés aux population autochtones à l’exploration minière, sous prétexte « d’intégrer les indigènes à la société« , sans les laisser « confinés comme dans un zoo« . Pour l’ONG Survival International, ce genre de propos a stimulé « l’invasion » du territoire de la tribu Yanomani, au nord du Brésil, par des orpailleurs illégaux « qui propagent la malaria et contaminent des rivières avec du mercure« . Paradoxalement, cette mauvaise réputation du Brésil en termes de protection de l’environnement commence à inquiéter le secteur de agro-alimentaire, qui s’était pourtant révélé un précieux soutien de Bolsonaro lors de la présidentielle d’octobre. Mais les exportateurs de biens agricoles craignent que leurs produits se vendent moins bien à l’étranger, d’autant plus que l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Mercosur prévoit des garde-fous environnementaux. Roberto Brandt, un des responsables de la Confédération Nationale de l’Agriculture, a affirmé mardi que le discours de Bolsonaro « portait préjudice » à l’image de l’agro-alimentaire. « À quoi ça sert de parler de chercher de l’or en terres indigènes? Le gouvernement devrait plutôt parler de méthodes pour surveiller la déforestation en Amazonie« , a-t-il conclu.

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