Un projet de base militaire menace la biodiversité des Seychelles

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Un agrément signé entre l’Inde et les Seychelles planifie la construction d’une base militaire sur l’île d’Assomption. Le projet divise l’opinion, entre ceux favorables à plus de surveillance de ces eaux visitées par les pirates, et ceux inquiets par les impacts potentiels sur l’environnement.

Depuis 2003, les Seychelles disposent d’un accord de coopération militaire avec l’Inde portant sur la construction d’une base militaire commune qui occuperait un tiers de l’île corallienne d’Assomption, plate et quasiment inoccupée. L’agrément reste à ce jour à être ratifié par le Parlement des Seychelles, mais dans le principe, la base serait la propriété des Seychelles, financée par l’Inde, et utilisée et gérée conjointement par les deux pays pendant 20 ans. Ce projet divise toutefois les opinions. Le principal argument du gouvernement en faveur de la base, et donc d’une présence militaire accrue, serait d’assurer la sécurité et la défense du territoire contre les pirates, les braconniers et les trafiquants. Cette surveillance servirait les intérêts de l’archipel et de sa vaste aire maritime, dont une partie – les zones autour de l’Atoll d’Aldabra, classé au patrimoine mondial de L’UNESCO et de l’Atoll d’Assomption – a été classée en zone de protection de grande biodiversité marine dans le cadre de la première phase, préparatoire, de planification de l’espace maritime des Seychelles. La population nourrit toutefois méfiance et hostilité à l’égard du projet.  Si la présence de garde-côtes seychellois épaulés par l’Inde serait de nature à en rassurer certains (parmi lesquels des scientifiques, qui travaillent souvent de façon très isolée sur Assomption), la principale crainte est que l’île perde sa souveraineté si elle est louée à l’Inde, et que la construction de la base engendre des dégâts environnementaux. En effet, la construction d’un port pour les bateaux pourrait détruire une partie de la plage, également site de ponte de nombreuses tortues vertes. Introduction d’espèces animales et végétales étrangères, pollution atmosphérique et sonore par les navires et les avions, déversements d’hydrocarbures sont autant d’autres menaces invoquées. Les craintes des opposants sont renforcées par la proximité d’Assomption avec l’atoll d’Aldabra (environ 40 km), refuge de la plus grande population de tortues géantes Geochelone gigantea au monde. Une présence militaire pourrait impacter son écosystème particulièrement fragile.

Face à cette crise de l’opinion publique, certains environnementalistes locaux, dont le biologiste Gérard Rocamora, convoqués auprès du Comité des Iles de l’Assemblée Nationale pour faire valoir leur point de vue sur le futur d’Assomption, ont suggéré comme alternative que l’île fasse l’objet d’une restauration écologique (elle a été presque entièrement déboisée il y a une centaine d’années) et d’un développement écotouristique durable. De son côté, un haut responsable du Ministère de l’Environnement a assuré qu’une évaluation de l’impact environnemental du projet serait immédiatement entreprise si le Parlement des Seychelles ratifiait l’accord avec l’Inde. La coalition d’opposition Linyon Demokratik Seselwa (LDS/Union démocratique seychelloise, en créole), majoritaire au Parlement, a toutefois annoncé le mardi 20 mars qu’elle ne ratifierait pas l’agrément. D’abord favorable à la création de la base, elle a finalement pris en compte l’opposition au sein de la population des Seychelles.