UNESCO : Turkana en Péril, Belize en convalescence, Chiribiquete et chaine des Puys au patrimoine (5 mn)

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Lac turkana © AdamPG
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Plus grand lac désertique au monde et considéré comme un des berceaux de l’Humanité, le lac Turkana, au Kenya, a été placé jeudi sur la liste du patrimoine mondial en péril, car menacé par un barrage hydroélectrique et des projets d’irrigation éthiopiens sur son principal affluent. L’assemblée de l’UNESCO, réunie à Bahrein, a actualisé la liste des sites inscrits au patrimoine mondial.

Surnommé la « mer de Jade » pour ses célèbre reflets, le lac Turkana s’étire du nord au sud sur 249 km de long en suivant la vallée du Grand Rift africain, et mesure 44 km à sa largeur maximale. Il est le lac « le plus salé de tous les grands lacs d’Afrique de l’Est et le plus vaste en milieu désertique au monde, dans un paysage aride, en apparence extraterrestre, qui est souvent sans vie », décrit l’Unesco sur son site internet. Le territoire classé au patrimoine mondial de l’Unesco, depuis 1997, correspond aux trois parcs nationaux du lac, à savoir les îles Central Island (500 hectares) et South Island (3900 hectares), ainsi que le parc de Sibiloi (157.085 hectares), situé sur la rive nord-est. « Les trois parcs nationaux servent d’étapes aux oiseaux d’eau migrateurs et constituent d’importantes zones de reproduction pour le crocodile du Nil, l’hippopotame et différents serpents venimeux », explique l’Unesco sur son site internet. La région est également considérée comme un des berceaux de l’Humanité : c’est à Sibiloi que se situent les gisements fossilifères de Koobi Fora, où ont été retrouvés de nombreux fossiles d’hominidés (Australopithèque, Homo habilis, Homo erectus et Homo Sapiens), et d’espèces animales. Ces gisements « ont davantage contribué à la compréhension des paléo-environnements que tout autre site sur ce continent », assure l’Unesco. Jeudi, le comité du patrimoine réuni à Manana, à Bahreïn, a placé le site sur la liste du patrimoine en danger, malgré l’opposition de l’Ethiopie, mise en cause pour les infrastructures développeés sur le fleuve Omo, qui se jette dans le lac à la frontière entre le Kenya et l’Ethiopie. Outre ces infrastrucures, le lac Turkana et son écosystème sont également menacés par les sécheresses, des explorations pétrolières dans la région et le braconnage – Sibiloi abrite des espèces menacées comme le lion et la girafe réticulée.

Le célèbre paléoanthropologue kényan Richard Leakey, qui a réalisé plusieurs découvertes majeures au Turkana, peste en évoquant le barrage hydroélectrique de Gibe III, le plus haut d’Afrique (243 mètres), inauguré fin 2016 sur l’Omo, et les importants projets d’irrigation pour des plantations de cannes à sucre et de coton. « Tôt ou tard, on va manquer d’eau au Turkana, soutient-il à l’AFP. L’Ethiopie ne fait rien, à part encourager ses fermiers à cultiver plus de coton et de sucre, et ils prévoient d’autres barrages (…), est-ce une manière légitime de se comporter en tant que voisin? ». Un rapport d’évaluation publié sur le site de l’Unesco fustige « une baisse générale rapide du niveau d’eau depuis janvier 2015, quand le chargement de la retenue Gibe III a commencé », et souligne que les crues saisonnières, essentielles au cycle de reproduction des poissons, ont été perturbées. Quelque 300.000 personnes dépendent de la pêche autour du lac, Des perturbations qui pourraient « affecter l’équilibre de l’écosystème », note le rapport. Quant aux projets d’irrigation, la même source dénonce l’absence d’étude sur les « impacts éventuels en aval sur le bien, comme la réduction du débit et la pollution due aux engrais et aux pesticides ».

Lac turkana © AdamPG

« Le lac Turkana va être la prochaine mer d’Aral », redoute Richard Leakey, en référence à la catastrophe environnementale de la mer d’Aral, largement asséchée par le détournement de deux fleuves à des fins d’irrigation en Asie centrale. L’inscription du site sur la liste du patrimoine en péril, qui peut ouvrir la voie à une aide financière, a été défendue par Mzalendo Kibunjia, directeur des Musées nationaux du Kenya, qui représentait son pays à Manama. Il a dit espérer « une solution à l’amiable sur l’utilisation des ressources hydriques. Le Kenya en appelle au soutien international. Nous avons besoin d’une assistance technique et financière pour assurer la conservation de ce site ».

Deuxième plus grande au monde, après celle d’Australie, la barrière de corail du Belize a été retirée ce mardi par l’Unesco de la liste du patrimoine en danger. Submergé dans les eaux cristallines et turquoises des Caraïbes, ce récif corallien figurait sur cette liste depuis près d’une décennie, après avoir été menacé par l’exploitation pétrolière. La barrière – inscrite au patrimoine mondial depuis 1996 – abrite une biodiversité exceptionnelle, où se côtoient de nombreuses espèces de poissons tropicaux, d’énormes requins ou encore des tortues. Jusqu’à récemment, le Belize ne disposait pas de lois strictes en matière de protection de l’environnement, ce qui a conduit l’Unesco à déclarer en danger en 2009 ce récif corallien. L’avertissement de l’Unesco portait également sur les mangroves – où naissent beaucoup des poissons de la barrière de corail – mises en péril par le développement urbain sauvage le long des côtes. Le Parlement du Belize a finalement fait voter fin 2017 un moratoire sur l’exploitation pétrolière offshore destiné à sauver sa barrière de corail. Les défenseurs de l’environnement avaient été les premiers à exiger ce moratoire, organisant en 2012 un référendum informel dans lequel 96% de la population du pays s’était exprimée contre la prospection pétrolière.

Mais la bataille pour protéger la barrière est loin d’être terminée. D’autres menaces persistent comme la présence d’ordures, les rejets des bateaux de croisières ou la surfréquentation du site par les touristes. « Cela n’arrête pas, déplore Nadia Bood, directrice du WWF au Belize. Nous devons tenir le gouvernement pour responsable et nous assurer qu’il ne fait rien qui contrevienne aux actions prises pour que ce site soit retiré de la liste du patrimoine en danger », dit-elle.

Le parc national de Chiribiquete, dans le sud-est de la Colombie, zone d’habitat du jaguar, a été inscrit dimanche sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. D’une surface de 2,7 millions d’hectares, le plus grand parc national de Colombie abrite l’une des plus grandes diversités biologiques de la planète ainsi que des sites sacrés pour les populations indigènes. C’est le 9e site colombien ajouté à la liste du patrimoine mondial. Le président colombien Juan Manuel Santos a salué l’annonce et promis d’agrandir le territoire protégé: « Demain, nous serons dans le parc pour agrandir et protéger encore plus notre biodiversité », a-t-il écrit sur Twitter. Le territoire, classé aire protégée depuis 1989, sera agrandie d’1,5 million d’hectares dès lundi, a précisé la présidence. Pendant des décennies, les trésors de ce parc sont restés inaccessibles, en raison du conflit armé qui déchirait la Colombie. Mais après la signature, fin 2016, d’un accord de paix historique avec la plus grande guérilla du pays, les Farc, le parc a peu à peu révélé les secrets de ses tepuyes, montagnes rocheuses hautes de centaines de mètres où se trouvent plus de 75.000 peintures rupestres millénaires. Le parc de Chiribiquete abrite notamment la seule espèce de colibri endémique de l’Amazonie colombienne, le « chlorostilbon olivaresi », ainsi que le jaguar, grand félin menacé par la destruction de son habitat provoquée par la déforestation. Parmi les autres sites colombiens déjà inscrits au patrimoine de l’Unesco se trouvent le port de Carthagène des Indes, les parcs nationaux de Los Katios, San Agustin et Tierradentro ainsi que le centre historique de Santa Cruz de Mompox et le Paysage culturel du café, dont la Colombie est un grand producteur.

Enfin, le site de la Chaine des Puys et la faille de Limagne, en Auvergne, a lui aussi été classé au patrimoine mondial, à sa troisième tentative en dix ans.