Forêt de Bialowieza : demande de déclassement ministérielle et manifestation civile

1250
⏱ Lecture 2 mn.

Le ministre polonais de l’environnement a demandé le retrait de la forêt de Bialowieza d’une liste de l’Unesco. Quelques jours plus tard, les défenseurs de la nature ont manifesté à Varsovie.

Le ministre polonais de l’Environnement, accusé de permettre l’abattage à grande échelle d’arbres dans la forêt de Bialowieza, a réclamé le 21 juin que ce massif forestier soit retiré de la liste du patrimoine naturel de l’Unesco, qui proscrit toute intervention humaine. La forêt de Bialowieza, dans l’est de la Pologne, est inscrite depuis 2011 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, mais Jan Szyszko a jugé dans un communiqué que cette mesure avait été prise en toute « illégalité » et « sans consultation avec les communautés locales ». Il a également annoncé que « le Parquet (avait) déjà été saisi ». La forêt de Bialowieza est l’une des dernières grandes forêts primaires d’Europe et abrite une faune unique dont la plus grande population de bisons d’Europe. Elle est protégée dans le cadre du réseau Natura 2000. Mais, à la fureur des écologistes, le ministère de l’Environnement y autorise des coupes d’arbres « de protection » pour stopper des attaques d’insectes xylophages, protéger le trafic routier et lutter contre les feux de forêt.

M. Szyszko a aussi jugé contradictoire que Bialowieza soit protégée par l’Unesco et, dans le même temps, inscrite sur la liste de Natura 2000 qui, selon lui, admet les coupes d’arbres. Il souhaiterait voir inscrite Bialowieza sur une autre liste de l’Unesco, celle du patrimoine mixte naturel et culturel, et « non pas seulement ‘‘naturel’’ car l’activité de l’homme dans cette forêt est visible à l’oeil nu ». Greenpeace, qui a organisé des actions de blocage du matériel lourd d’abattage d’arbres utilisé à Bialowieza, a dénoncé « une nouvelle manipulation » du ministre. L’Unesco a récemment évoqué sa « préoccupation » quant aux plans de gestion forestière à Bialowieza. La Commission européenne a adressé fin avril un « dernier avertissement » à la Pologne, demandant expressément à Varsovie de « s’abstenir de pratiquer une exploitation forestière à grande échelle » à Bialowieza.

En réaction à la demande du ministre, quelques milliers de défenseurs de la forêt polonaise de Bialowieza ont manifesté samedi 24 juin à Varsovie contre les importantes coupes d’arbres autorisées par le gouvernement dans la forêt. Le principal mot d’ordre de la marche était « Toute la forêt au parc national ». Pour les écologistes, les arguments avancés par le gouvernement pour légitimer les coupes ne sont pas suffisants. « Ce que disent les autorités et le ministre Szyszko est un mensonge, a affirmé à l’AFP un consultant en ressources humaines quadragénaire Grzegorz Krowicki. Il ne s’agit pas de sauver la forêt des insectes xylophages, mais de trouver de l’argent pour le budget de l’Etat en coupant des arbres de plus de trente ans, qui rapportent le plus« , dit-il, en soulignant que la « marche citoyenne a réuni des gens de gauche et de droite, des croyants et des non croyants. »

Au début de la manifestation le directeur de la branche polonaise de Greenpeace Robert Cyglicki a dénoncé « un crime contre notre patrimoine qui se déroule sous nos yeux ». Parvenus devant le ministère de l’Environnement, les marcheurs ont rencontré un haut responsable sorti du bâtiment. Mais ce dernier n’était porteur que de… bonbons, offerts par le ministre Szyszko aux écologistes. Ces derniers ont dénoncé son manque de sérieux et offert les bonbons aux policiers, très nombreux à les accompagner à travers Varsovie, dans le calme complet. Les manifestants ont alors observé un sit-in silencieux, pour écouter un enregistrement des voix de la forêt : des chants d’oiseaux brutalement entrecoupés par le vrombissement assourdissant de scies mécaniques.