L’appel de Cayenne pour la biodiversité des Antilles

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Ségolène Royal annonce l’adoption de la déclaration de Cayenne pour la protection et la valorisation de la biodiversité de la Caraïbe, à l’occasion d’un séjour chahuté en Guyane

Vingt-cinq États membres des Caraïbes et du nord du Plateau des Guyanes ont adopté vendredi 17 mars à Cayenne une déclaration commune, afin de renforcer leur coopération pour lutter contre la pollution, protéger la biodiversité et favoriser une économie durable. Cette déclaration, « l’appel de Cayenne », a été proposée par la ministre de l’Environnement et de la Mer Ségolène Royal, en clôture de la 14e Conférence de la Convention de Carthagène, placée sous l’égide du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).

Les États-membres y « réaffirment le rôle clé des écosystèmes marins et côtiers et la valeur fondamentale des ressources naturelles ». La mer des Caraïbes nécessite plus que jamais une prise en compte des impacts de l’activité humaine sur la biodiversité et du rôle de l’océan dans le changement climatique.

La zone qui s’étend de la Floride à la Guyane s’engage à lutter contre les pollutions, notamment plastiques y compris les micro-billes, à « protéger au moins 10% du milieu marin d’ici 2020 », notamment « les récifs coralliens, les mangroves, les
herbiers marins »
et les espèces animales rares ou emblématiques comme les raies, les requins, les merlus ou les passerins nonpareil. « La coopération scientifique » sera renforcée pour mieux lutter contre « l’acidification des océans », et la « prolifération » des algues sargasses et d’autres espèces invasives, qui pénalisent la pêche et l’activité touristique.

« En Martinique, il ne reste que 1% du corail dans son état le plus admirable », et dans la Caraïbe, « 35% des stocks de poissons sont surexploités », a regretté la ministre. « Avec la plus forte concentration d’espèces vivantes de l’océan Atlantique, la mer des Caraïbes constitue un hotspot de biodiversité à une échelle mondiale », a-t-elle ajouté. À l’attention des départements français d’outre-mer, où la pêche illégale sévit, Mme Royal a annoncé que son ministère est « actuellement en discussion avec l’Agence spatiale européenne pour utiliser le satellite Copernicus » afin de repérer les bateaux non autorisés dans les eaux territoriales.

Pour Mme Royal, « cette conférence s’inscrit dans la dynamique de mobilisation internationale sur l’océan et la protection des milieux marins que la France entend stimuler ». Le pays a ainsi rappelé ses propres engagements, parmi lesquels la création du Parc naturel marin en Martinique et le passage de 4 % à 22 % des aires marines protégées ; la protection dans les Antilles françaises de 16 espèces de coraux et de 35 000 hectares de mangroves dans la Caraïbe française ; le soutien à la création, en Guyane, d’une station scientifique sur les tortues marines et la mise en place avec des communes de Martinique et de Guadeloupe des premières aires marines éducatives de la Caraïbe.

Pour autant, la visite de Ségolène Royal en Guyane n’aura pas été de tout repos. La ministre a dû écourter son séjour après l’irruption sans violence d’un groupe d’hommes cagoulés, vendredi, lors de la conférence de la Convention de Carthagène. Le groupe, baptisé « Les 500 frères » et créé récemment par des citoyens contre « l’insécurité en Guyane », multiplie les manifestations. Ils sont toujours cagoulés. Suite à l’irruption du groupe lors de la conférence, la ministre a annoncé qu’elle quittait le soir-même la Guyane, et non samedi, comme initialement prévu. Celle-ci « avait des dossiers urgents à gérer à Paris, son départ n’a aucun rapport » avec cette action, selon l’entourage de la ministre joint par l’AFP. Ségolène Royal devait inaugurer samedi le pont qui relie la Guyane et le Brésil. Mais faute de ministre brésilien dans la délégation, Mme Royal a « préféré laisser les autorités locales procéder à l’inauguration », a expliqué l’entourage de la ministre.

Le déplacement ministériel en Guyane, du 16 au 18 mars, a été perturbé dans son intégralité : lors des rendez-vous à la préfecture, pour l’anniversaire des 10 ans du parc national de la Guyane et à la CTG. Des blocages ont été ainsi menés par plusieurs organisations professionnelles dont le Medef Guyane, les moyennes et petites industries (MPI) et la fédération des opérateurs miniers de Guyane. Ils protestent contre le retard de signature du « pacte d’avenir » de 2 milliards d’euros promis par François Hollande en 2013. Selon Guyane 1re, la venue de Mme Royal et les discussions qu’elle a menées « ont permis de débloquer le dossier ».

La déclaration de Cayenne