« Dans cette élection, tout le monde oublie la biodiversité ! »

1494
⏱ Lecture 3 mn.

Trois questions à Michel Métais, Vice-président du Comité d’orientation stratégique (COS) de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB)

ANES : La FRB a publié un appel aux candidats à l’élection présidentielle, et invite ce jeudi leurs porte-parole à dévoiler leur propositions en matière de biodiversité. Pourquoi cette initiative ?

Michel Métais : La FRB est née à la suite du Grenelle de l’environnement. Elle est la structure officielle de recherche sur la biodiversité en France. Ses membres fondateurs sont les grands instituts de recherche publics : le CNRS, l’INRA, l’IFREMER, le Muséum, des universités etc. A ce titre, la FRB et ses membres fondateurs ne sont pas censés intervenir dans le débat public, ils sont tenus à une stricte neutralité républicaine. Mais l’originalité de la FRB tient à ce que la société civile est associée à ses missions, à travers un Conseil d’orientation stratégique (COS), qui peut, lui, intervenir dans des domaines où la FRB elle-même ne peut pas s’engager. C’est ainsi qu’au moment de la COP 21, le COS avait publié un appel aux politiques et aux acteurs publics pour leur rappeler les liens forts entre la question climatique et la biodiversité. Forts de cette première expérience, nous avons récidivé à l’approche de cette élection présidentielle : le COS a informé le conseil d’administration de la FRB de son intention de lancer un appel aux candidats. C’est donc bien une initiative du COS, même si la FRB a donné son aval tacite. Et pour aller plus loin, nous avons organisé ce temps de présentation, où les porte-parole des candidats viennent dévoiler leurs programmes en matière de biodiversité… s’ils en ont un ! Et qui sait, parmi les représentants des candidats qui interviendront, se trouve peut-être le prochain ministre de l’écologie ? Cette opération de sensibilisation à la biodiversité portera alors totalement ses fruits !

ANES : Dans aucun des programmes officiels il n’y a de chapitre « biodiversité ». Comment l’expliquez-vous ?

Michel Métais : L’ambiance actuelle n’est pas très porteuse pour ce sujet… Il y a plusieurs explications à cela. L’écologie politique a sombré pendant ce quinquennat : affaires de mœurs, dissensions autour de la participation ou non au gouvernement. L’écologie n’est plus aujourd’hui une force politique crédible, elle est largement décrédibilisée. Ensuite, il y a le fait que l’Agence française pour la biodiversité (AFB), qui constitue la principale avancée de ces cinq dernières années, est largement décriée par les candidats de droite, qui sont extrêmement sensibles aux argumentaires développés par les chasseurs. Enfin, il y a le contexte économique. On n’en est pas encore aux coupes budgétaires qu’applique Trump aux Etats-Unis, mais on voit bien en lisant les programmes que tous les candidats s’apprêtent à poursuivre ce que Ségolène Royal fait depuis plusieurs années : rogner sur tous les budgets environnementaux, pour rendre des crédits au budget général !

ANES : Quelle serait la principale mesure qu’un candidat pourrait annoncer et qui serait de nature à vous convaincre de voter pour lui ?

Michel Métais : une fiscalité propre, affectée à la biodiversité. En Grande-Bretagne par exemple, l’équivalent de l’AFB est financé par une taxe sur les jeux. En France on a raté une occasion avec l’écotaxe, dont une partie aurait pu être affectée à la biodiversité, mais il faut clairement sécuriser le financement de l’AFB. Et pour être plus précis, il ne faut pas que cette fiscalité propre serve à payer le fonctionnement de l’AFB, il faut qu’elle lui fournisse les moyens d’intervenir, d’engager des programmes de recherche et d’intervention. Le jour où son financement sera sanctuarisé, l’AFB aura une crédibilité équivalente à celle de l’ADEME ou des Agences de l’eau !

Propos recueillis
par Jean-Jacques Fresko