« Diffamation », « indécent »: la publication, par l’ONG Bloom, d’une liste de 4.500 « navires destructeurs » accusés de pratiquer le chalutage dans des aires marines protégées (AMP), a provoqué la colère des pêcheurs français.
Pour la première fois, Bloom publie un outil clé en main permettant aux enseignes de la grande distribution de s’engager pour la protection de l’océan et des pêcheurs artisans : la liste rouge des navires destructeurs dont il est urgent de s’affranchir. Cette liste recense plus de 4500 chalutiers ayant pêché dans les aires marines protégées à l’échelle internationale en 2024.
Le chalut est l’une des pires techniques de pêche qui existe, et les scientifiques sont clairs : si les aires marines protégées sont essentielles pour protéger l’océan, il y a urgence à véritablement les protéger en y interdisant le chalutage. Le manque d’engagement des États à ce sujet est irresponsable. En France métropolitaine, moins de 0,1% des eaux sont véritablement protégées. En publiant la liste rouge des navires, BLOOM demande à la grande distribution d’adopter une politique de tolérance zéro face au chalutage dans les aires marines protégées. » Carrefour, Leclerc, Intermarché et leurs pairs ont maintenant un outil infaillible pour s’assurer qu’elles ne participent pas à la destruction des aires marines protégées par leurs achats », écrit l’ONG.
« Nous ne nous laisserons pas déstabiliser par ces campagnes de dénigrement », a réagi Olivier Le Nézet, président du comité national des pêches, qui a regretté, dans un message transmis à l’AFP, des « attaques incessantes qui empêchent toute approche constructive ».
« Si certains chalutiers pêchent bien dans des AMP, c’est qu’ils y sont autorisés! », a-t-il rappelé, en dénonçant le fait que des navires soient ainsi « jetés en pâture de façon totalement arbitraire ».
En publiant cette » liste rouge des navires destructeurs », dont près de 600 navires français, Bloom demande à la grande distribution « d’adopter une politique de tolérance zéro face au chalutage dans les aires marines protégées ».
« Le chalut est l’une des pires techniques de pêche qui existe, et les scientifiques sont clairs: si les aires marines protégées sont essentielles pour protéger l’océan, il y a urgence à véritablement les protéger en y interdisant le chalutage », estime l’association fondée par Claire Nouvian.
Dans un communiqué diffusé jeudi, l’Union français des pêcheurs artisans (UFPA) a vu dans cette liste « une atteinte flagrante portée à la légitimité de la pêche artisanale française ».
« Il s’agit là d’une dénonciation calomnieuse portant préjudice moral et financier à l’ensemble de la filière pêche artisanale française, attaquable au pénal! », a ajouté l’UFPA.
« Ça suffit de se faire cracher dessus », « une ligne rouge a été franchie avec cette liste », « c’est la fin de la pêche artisanale que veut Bloom »: de nombreux pêcheurs expriment leur mécontentement depuis jeudi sur une boucle WhatsApp créée par l’UFPA.
« C’est pas très subtil. A part exciter les gens, ça ne fait pas avancer grand chose », a aussi regretté auprès de l’AFP Thomas Le Gall, ligneur à Audierne (Finistère) et président de l’association Pêche avenir Cap Sizun.
Cette polémique intervient alors que l’interdiction de certaines pratiques de pêche dans les AMP refait surface à quelques jours de la tenue du sommet « SOS Océan! » à Paris les 30 et 31 mars, et avant la 3ème Conférence des Nations Unies sur l’océan (Unoc 3) prévue en juin à Nice.
La France se targue de protéger 33,7% de ses espaces maritimes mais seuls 1,6% bénéficient d’une protection stricte, selon une étude .


