En Allemagne, la colère des agriculteurs gronde toujours

Wolfgang Ehrecke de Pixabay

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Wolfgang Ehrecke de Pixabay
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La colère des agriculteurs allemands ne retombe pas et couvre, au-delà des suppressions d’avantages fiscaux, un vaste champs de revendications allant de la « bureaucratie » à la fluctuation des revenus en passant par la critique des exigences environnementales.

Les agriculteurs allemands ont précédé leurs collègues français dans les rues en se mobilisant depuis fin décembre contre la réforme de la fiscalité du diesel agricole décidée par le gouvernement d’Olaf Scholz.  Mais leurs griefs sont multiples et font écho aux doléances entendues dans les manifestations de la profession en France.  « Nous souhaitons tous que l’UE adopte une réglementation raisonnable, qui soit applicable dans le sens de notre pratique paysanne », témoigne Elfi Fischer, 63 ans, éleveuse dans la région voisine de Berlin, où elle est venue manifester vendredi.  Jens Scherb, représentant de la fédération des éleveurs laitiers allemands (BDM), assure à l’AFP être « solidaire des collègues français » : « les chances d’une politique agricole paysanne, orientée vers les agriculteurs et non vers l’industrie, sont à saisir maintenant, ici comme en France ».  Après les manifestations massives du début d’année en Allemagne, les agriculteurs maintiennent la pression à travers des actions ponctuelles et décentralisées.  Le salon annuel de l’agriculture organisé la semaine dernière à Berlin (« Grüne Woche ») leur a offert une tribune de choix.  « La coupe se remplit depuis longtemps, et désormais elle est pleine. Il y a eu trop de nouvelles obligations ces dernières années », assure à l’AFP Delia Boegel, 28 ans, éleveuse de vaches laitières et exposante sur le salon.  – « Tout va être détruit » –  Parmi les agriculteurs présents, certains portaient des gilets verts floqués de slogans souvent vus dans les manifestations, comme « Sans nous, rien à manger ».  « Il faut du changement, sinon tout va être détruit », dit à l’AFP Jonas Löcher, éleveur laitier de 23 ans, en visite au salon.  Dans la nouvelle politique agricole commune, entrée en vigueur début 2023, l’UE a renforcé les obligations environnementales pour toucher une partie des aides, dont dépendent 50% des revenus des agriculteurs allemands.  Ces mesures, critiquées par les organisations agricoles, visent à réduire l’impact de l’agriculture européenne sur l’environnement.  Les pesticides sont responsables de la disparition de 80% des insectes sur le continent, selon une étude allemande de 2017. Le Giec estime que le secteur émet 23% des gaz à effet de serre produits par l’activité humaine dans le monde.

Des « papiers sans fin »

« Nous sommes tous responsables de l’environnement, c’est bien et juste. Mais on nous demande également de produire des produits peu chers et à haut rendement », déplore Erika Sauer, éleveuse de 55 ans, elle aussi présente au salon.  Les agriculteurs se plaignent de devoir cumuler vertu environnementale et rentabilité, dans un contexte de prix volatiles qu’ils ne contrôlent pas, de coûts en hausse depuis la guerre en Ukraine et de concurrence internationale accrue.  « Les politiques ont demandé pendant des années aux agriculteurs de produire plus, et pour moins cher », abonde l’éleveur Jens Scherb.  D’autant que ces nouvelles obligations s’accompagnent, selon eux, d’une « bureaucratie » de plus en plus importante, leur faisant perdre du temps et de l’argent.  « On doit tout documenter, tout noter. Des papiers sans fin », explique l’éleveur Jonas Löcher.   Jens Scherb déclare quant à lui passer « une heure par jour avec les papiers » et à « prendre des photos » pour prouver qu’il respecte certaines règles en matière de plantation.  Sur ce point, le chancelier allemand Olaf Scholz a promis des mesures « concrètes » lundi aux agriculteurs, après une visite rapide de la Grüne Woche.  « Il y a beaucoup trop de bureaucratie », a-t-il confirmé.  Sans convaincre. « Je suis la huitième génération à travailler dans ma ferme. Si les politiques continuent dans la même direction, je serais la dernière », craint l’éleveuse Delia Boegel.