Par Jean-Philippe Grillet – Paul Valéry, T. S. Eliot et Constantin Cavafy vouaient une grande admiration à Oreste Solomos, né à Athènes en 1871. Dans les quatre textes réunis ici et jusqu’alors inédits en français, on peut lire en filigrane sa conception de la littérature, étroitement liée à son aversion pour la modernité et à sa vision singulière de la nature, explique le traducteur.
Je ne peux imaginer un plus beau jardin que celui-ci : une oliveraie aussi vieille que le monde (…) où autrefois, sans doute, les dieux venaient se promener, affirme Solomos pour répondre à la question simple qui lui fut posé : Qu’est-ce que la beauté pour vous ? Au fil du livre, l’évidence s’impose, pas seulement grâce à l’oliveraie de son enfance, mais aussi à la petite terrasse qu’il entretenait tout en haut de l’immeuble où il vécut quarante-six ans à New York.
Une terrasse qui lui tient à cœur pour deux raisons car Le dernier art sacré que nous possédons serait donc celui du jardinier qui travaille chaque jour avec l’herbe, les bourgeons, les racines et le vent ; mais aussi parce qu’en étant jardinier, je pense aux écrits auxquels j’ai travaillé pendant la journée dans mon bureau, parfois au prix de pénibles efforts, et des vers bancals trouvent comme si de rien n’était le mot (parfois la syllabe) qui leur manquait pour sonner juste. Les personnages de mes récits se mettent à chuchoter entre eux (…) ; il me semble que je les comprends mieux, que les traits de leurs visages sont moins vagues et leurs voix plus claires. Ainsi affirme Solomos, les plantes me rendent au centuple les attentions et les soins que je leur dispense, car ces êtres que l’on dit inanimés sont toujours plus généreux que la plupart des hommes.
L’année de sa mort, en 1937, il accepte l’invitation de l’académie de poésie d’Athènes et va retrouver son pays qu’il n’avait pas revu depuis 1894. Sur le bateau, il pense aux plantes de son enfance grecque et à celles de sa terrasse américaine, à sa vie d’écrivain, à sa tentative permanente de les concilier qu’expriment si bien sa poésie, son écriture.
Jean-Philippe Grillet
Sur les traces de Pan, Oreste Solomos, préfacé et traduit de l’anglais par Marco Martella, éditions Les pommes sauvages, 2025, 53 pages, 8 €


