Par Jean-Philippe Grillet – Avec Sélosse, les livres comptent au moins 400 pages, tout à fait compréhensibles certes, mais à suivre avec grande attention. Les conférences, prononcées sans note, imposent une vive attention, elles aussi, mais avec une légèreté fort agréable. Voici un livre prenant comme tous ceux de Sélosse, mais cette fois léger (96 pages) et convaincant comme ses conférences. Ces lignes sont écrites avec humanisme, c’est-à-dire en donnant à l’humain la place centrale dans notre réflexion, affirme d’emblée l’auteur de ce livre bref et… convaincant. Il commence par définir la biodiversité – invisible et ordinaire, mécanique –. Il constate qu’elle est en voie d’extinction du fait des activités humaines, bien qu’elle façonne le monde car elle est un outil qui peut conserver la diversité génétique et la dynamique des espèces. Notamment en ce qui concerne la ville, la santé et tout particulièrement l’agriculture – brillante démonstration dans ce domaine dont les acteurs contestent tant la biodiversité.
Devenons sculpteurs (…) de la nature autour de nous, car c’est une façon de nous sculpter nous-mêmes ! (…) Les reculades actuelles sur l’environnement témoignent d’un manque d’ambition politique triplement destructif. Elles détruisent de la valeur en annihilant les investissements déjà réalisés par de nombreux acteurs du Vieux Continent. Elles meurtrissent l’avenir, où l’Europe doit se positionner parmi d’autres grands blocs en développant sa voie propre. (…) Elles ruinent la confiance, déjà bien affaiblie, dans les politiques eux-mêmes. (…) La biodiversité doit être un écrin pour l’humanité, pas son linceul : apprenons vite à la vivre comme un humanisme.
Croiser Sélosse lors d’une fête des plantes, échanger avec lui des propos marquants, s’offrir la lecture de son livre tout récent, partager cet élan avec vous, lecteurs précieux… Beaux moments.
Jean-Philippe Grillet
De la biodiversité comme un humanisme, Marc-André Sélosse, Seuil, 2026, 96 pages, 6,90 €


