Par Eve S. Philomène
Rien ne vaut la marche pour goûter le hasard des rencontres. C’est ainsi qu’Eve est entrée dans notre vie à Christine et à moi. Elle marchait, seule, fine, légère, portant un gros sac à dos. Comment ne pas lui parler, l’écouter nous expliquer, simplement, son tour de l’Ubaye, et lui proposer de le raconter dans notre revue de l’époque. Cinq ans plus tard, autre engagement à pied, même accord pour un récit.
Jean-Philippe Grillet
Épisode 1 : Destination Eurostar
Alors que je marchais, crampons aux pieds, sur un glacier géorgien, durant l’été 2024, j’ai soudain eu l’envie de partir en expédition dans le Grand Nord. C’était un peu trop court pour y aller l’hiver suivant, alors j’ai fixé le départ à l’hiver 2026, celui de mes trente ans.
J’avais au départ prévu de tout faire seule, et puis Gabriel, mon compagnon de vie et de cordée, a proposé de m’accompagner sur la première partie, pour que je puisse me faire la main plus sereinement. J’ai accepté avec joie.
Lundi 16 février 2026
Nous sommes dans le premier train, celui qui nous dépose gare de Lyon. Gabriel et moi sommes lestés d’une pulka d’un mètre trente de long remplie de 45 kg de matériel, de vêtements, de nourriture et de matériel vidéo, d’une deuxième pulka plus courte et plus légère (environ 30 kg), de deux sacs à dos et d’une housse à skis avec nos deux paires de skis de randonnée nordique, nos bâtons, nos brancards de pulka.![]()
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Le train pour Paris roule avec quinze minutes de retard. L’inquiétude me serre le ventre. Si nous ratons notre train de Paris à Hamburg, c’est tout le reste de ce périple de quatre jours qui est compromis.
Au moins, nous avons passé la terrible épreuve du TGV. Ma pulka est surdimensionnée et risquait au mieux une amende, au pire, une interdiction de monter dans le train. C’est d’ailleurs arrivé à un compatriote aventurier parti de Bordeaux et n’ayant même pas pu atteindre Paris avec son équipement pour le Nord. Fin du voyage.
Incapable de dormir, je somnole. J’ai l’impression de passer une épreuve sportive. Mes JO personnels, en compétition avec les horaires de train, le RER D, les escalators, les contrôleurs et les règles de plus en plus restrictives de la SNCF. Le voyage a commencé dans ma tête il y a des mois, petit à petit, lentement, et là, tout s’accélère.
À Paris, nous prenons le RER D jusqu’à la gare du Nord. Avant de partir, j’ai fabriqué une planche à roulettes pour pouvoir tirer la pulka quand il n’y a pas de neige au sol. Le prototype est un peu fragile et pas très équilibré. Oubliant de sortir ma sangle, je pousse la pulka par l’arrière, le plus vite possible, et c’est épuisant, avec le sac à dos qui m’empêche de relever la tête pour bien voir où je vais sur les quais. Heureusement, mon père nous accompagne et Mariam, la sœur de Gabriel, Parisienne, nous a rejoints pour effectuer le changement de gare et nous ravitailler en brioches. Nous arrivons enfin sur le quai de notre Eurostar, devant la bonne voiture. Quel soulagement ! Je suis trempée, sous adrénaline. Nous nous félicitons d’avoir réussi cette jonction incertaine et nous disons au revoir avec émotion.
La partie la plus stressante de ce voyage de quatre jours en direction de l’extrême nord de la Finlande est enfin derrière nous, sauf incident imprévu.



