Repenser les paysages, une piste pour lutter contre les feux de forêt extrêmes, selon l’Inrae

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Sécheresse et vague de chaleur constituent un « cocktail d’événements extrêmes » favorable aux feux de forêt extrêmes, avertit Julien Ruffault, chargé de recherche à l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement).  Pour lui, un aménagement des paysages permettrait de mieux prévenir et lutter contre ces incendies.

Quelle est l’évolution des feux de forêts en France ?

On observe au cours des dernières décennies une tendance à un nombre et des surfaces brûlées moins importants, en dépit de conditions météorologiques plus favorables aux feux de forêt. Cette tendance paradoxale s’explique par le renforcement des politiques de prévention et de suppression des incendies, comme la mise en place de mesures permettant d’attaquer le feu quand il est le plus petit possible ou la fermeture de massifs forestiers l’été.  Parallèlement, on observe l’arrivée d’incendies extrêmes lors de conditions climatiques exceptionnelles comme celles que nous avons en ce moment. Ces feux très intenses sont difficiles à contenir (…) créent leur propre énergie et leur propre climat. Ceci montre que la stratégie actuelle (de lutte contre les feux de forêt) fonctionne très bien, mais qu’elle montre ses limites dans des conditions climatiques extrêmes.  Nous sommes très inquiets car le cocktail d’événements extrêmes, sécheresse et vague de chaleur, va se multiplier dans les prochaines décennies. Dans ces conditions, il est plus difficile de contenir les feux et les mesures barrière sont moins efficaces. Ces problématiques d’incendies vont aussi remonter vers le Nord.

Certains types de forêt ou de culture forestière sont-ils plus favorables à ces feux extrêmes ?

C’est une question extrêmement difficile car nous manquons de réponse scientifique éprouvée. Est-ce que le fait d’avoir une monoculture (comme dans les Landes ndlr) joue sur l’incendie ? C’est difficile à démontrer.   En laboratoire, on voit que le pin s’enflamme mieux que le chêne. Mais dans quelle mesure ce qu’on observe en laboratoire est transférable à un vrai feu de 10.000 hectares dans des conditions complètement différentes ? Il y aurait plus de feux avec des résineux que des feuillus mais nous n’en sommes pas très sûrs.   Il faudrait aussi effectuer des mesures après un feu pour évaluer l’effet de l’entretien des parcelles sur les feux. Les réponses dépendent du type d’écosystème considéré mais aussi des conditions météorologiques.  Un écosystème très homogène, avec des arbres de taille similaire car ils ont plus ou moins le même âge, peut être problématique.

Quelles sont les pistes pour limiter ces feux de grande ampleur ?

Un premier volet porte sur les moyens de minimiser au maximum les risques et quand ils se produisent, de faire en sorte qu’ils aient le moins d’impact possible. Le deuxième volet porte sur des systèmes d’alerte, d’évacuation, de formation des gens à la culture du risque. 95% des feux ont une cause humaine, il y a un gros travail à effectuer en prévention.  Sur le premier volet, il existe toute une batterie de mesures à mettre en place, comme les obligations légales de débroussaillement (OLD) pour limiter les départs de feu et protéger les biens et les personnes quand le feu arrive. Dans le Sud-Est, un tiers des propriétaires appliqueraient correctement les OLD.  Il existe des projets européens favorisant le transfert de compétences avec des collègues espagnols, portugais ou grecs.  Une réflexion est aussi en train de se mettre en place pour repenser les paysages en intégrant le risque incendie, en créant des discontinuités comme des pare-feu, en alternant cultures et forêts, les types de forêts, certaines étant plus inflammables que d’autres. Il faut mettre des barrières naturelles et créer des paysages plus hétérogènes.  On a en France une forêt très morcelée avec beaucoup de petits propriétaires, il faut voir comment intégrer les acteurs privés dans ces questionnements.