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Trois questions à Guy Geoffroy, Président des Eco-maires

ANES – Les maires de France, dont le congrès se tient en ce moment, ont manifesté clairement leur mécontentement suscité par la baisse des moyens dont disposent les communes, du fait de la diminution des dotations ou de la suppression d’une grande partie des emplois aidés. La transition écologique des communes, dont les Eco-maires, sont les pionniers, est-elle menacée ?

Guy Geoffroy : Je ne parlerais pas à ce propos d’un mécontentement aggravé, mais d’une interrogation appuyée ! Pas un mécontentement aggravé, parce que nous partageons l’analyse de l’Association des maires de France sur les fait que les communes auront plus en plus de difficulté dans les années qui viennent à faire face à leurs obligations et à prendre les initiatives qui relèvent de leurs compétences. Mais une interrogation appuyée sur notre capacité à financer demain la transition écologique, en effet. Quand le budget municipal est à l’os, quand on arrive à peine à entretenir le patrimoine et à faire tourner les services de base, établir un atlas de la biodiversité communale n’est pas considéré comme une priorité… Quand on a du mal à faire face aux obligations immédiates, on se préoccupe moins du moyen ou du long terme. Mais cette situation ne doit pas nous conduire à baisser les bras, au contraire ! Elle doit nous conduire à explorer de nouvelles pistes de financement dédiés à la transition écologique. Dans ce contexte, la responsabilité de l’association des Eco-maires, qui est de bien informer, de bien sensibiliser, de bien accompagner les projets, de permettre aux maires de garder ou de reprendre confiance, n’a jamais été aussi élevée. Le contexte de la relation financière délicate avec l’Etat, qui n’est pas en passe de s’améliorer malgré ce que le président de la République et le premier ministre essaient de nous faire valoir, rend encore plus nécessaire la mobilisation de tous. Nous devons démontrer que dans la difficulté il y a des possibles, qui appellent à une réflexion plus approfondie, à des partenariats plus structurés, à des articulations plus fines. Il nous faut démontrer que l’insertion des investissements de moyen et long terme dans la transition écologique n’est ni un coût supplémentaire, ni un empêchement à faire. Le financement de tout ce qui concourt, au niveau local, à la transition écologique ne passe pas uniquement par le budget communal, mais aussi par le financement de l’innovation au sein des entreprises.

ANES : Vous avez insisté, pendant le salon des maires, sur la mise en œuvre de la tarification incitative dans la collecte des déchets. Quel en est l’enjeu ?

Guy Geoffroy : Dans la loi de transition énergétique, il est prévu que les collectivités en charge de la collecte et du traitement des déchets ménagers soient en capacité d’inclure d’ici 2020 une part de tarification incitative dans le prix demandé à l’habitant. La loi a fixé le cadre et l’ambition, il reste maintenant aux collectivités à trouver le moyen de passer à l’acte ! L’ambition de l’association des Eco-maires, c’est, en informant les élus locaux de l’obligation et des possibilités de remplir cette obligation, de les aider à mettre en place une stratégie locale adaptée à la réalité de leur situation. Les freins sont multiples. Le premier, c’est l’habitude, et notamment le fait que depuis la nuit des temps la prise en charge des déchets a été financée par un impôt. Ce frein-là n’est pas le plus difficile à desserrer. Le deuxième, c’est l’interrogation sur le résultat de l’incitation : passer d’un impôt à une tarification proportionnelle à la quantité de déchets produits, est-ce que ce sera utile ? Est-ce que ça permettra effectivement d’atteindre les objectifs en matière de valorisation ? Et surtout… est-ce que ça ne va pas me coûter plus cher à moi ? Il y a une autre objection : si une commune ou un syndicat intercommunal met en place une tarification incitative, est-ce que les habitants ne vont pas aller déposer leurs ordures dans la commune voisine ? Il ne faut pas se voiler la face : depuis que la collecte sélective existe, il y a des pratiques perverses. Elles sont le fait de très peu de gens, mais elles sont très difficiles à combattre. Ca doit faire partie de la réflexion globale.

ANES : Quels sont les objectifs prioritaires de l’association des Eco-maires pour les deux années à venir ?

Guy Geoffroy : L’association compte aujourd’hui entre 1 800 et 2 000 adhérents, avec des communes de toutes natures, de toutes sensibilités politiques, de métropole et d’outre-mer. La Ville de Paris est membre est notre association, comme le sont de toutes petites communes rurales. Nous nous interrogeons depuis quelques années sur l’adaptation de notre association à la demande des collectivités. L’accès à l’information, même très précise, sur les stratégies locales de développement durable, est aujourd’hui facilité pour tout le monde : nous ne pouvons plus être l’association qui sait tout alors que les maires ne sauraient rien ! Notre volonté est d’être de plus en plus, grâce à la banque des bonnes pratiques que nous constituons, et qui est notre objectif n° 1, d’atteindre notre objectif n° 2, qui est d’être considérés par nos adhérents et ceux qui souhaitent le devenir comme les facilitateurs d’émergence et de réalisation de leurs projets.

Propos recueillis
par Jean-Jacques Fresko