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Trois questions à Jean-Luc Desbois, directeur du PNR du Massif des Bauges, président du comité « Géoparcs » de France

ANES : Les Géoparcs font désormais partie des programmes portés par l’UNESCO. Mais au fait… c’est quoi, un Géoparc ?

Jean-Luc Desbois : Les Géoparcs sont avant tout des territoires remarquables d’un point de vue géologique, des patrimoines géologiques dont l’importante internationale est établie par des recherches scientifiques. Mais cela ne suffit pas. Pour bénéficier du label Géoparc, il faut certes pouvoir se prévaloir de ce patrimoine géologique exceptionnel, mais il faut aussi… le demander ! C’est une démarche ascendante, qui part d’une volonté du territoire, très en lien avec les habitants et les élus. La démarche doit être appuyée sur un projet de développement durable pour le territoire. Il s’agît généralement d’un projet de développement touristique, mais pas n’importe quel tourisme : un tourisme doux, de découverte et de compréhension du territoire. Quoi qu’il en soit un projet qui doit apporter des retombées aux populations locales. Aujourd’hui en France six territoires bénéficient du label. Historiquement le premier a été le Géoparc de Haute-Provence, puis le Luberon, puis le massif des Bauges en 2011, puis le Chablais, les Monts d’Ardèche, et le dernier arrivé : les Causses du Quercy cette année. Il y a un projet en cours dans le Beaujolais. En France tous les projets sont portés par des collectivités territoriales regroupées en syndicats mixtes, mais à l’international ils peuvent l’être par des associations, ou par des socio-professionnels du tourisme. Les projets ne sont pas jugés sur le mode de gouvernance, mais sur le résultat de la gouvernance et sur la réalité de l’implication de la population locale.

Le label n’est pas attribué à vie, ni même pour une longue durée : il est réévalué tous les quatre ans. C’est une spécificité introduite par le Réseau mondial des Géoparcs dès son origine. L’idée de cette réévaluation quadriennale, c’est de faire en sorte que les territoires restent en permanence dans une démarche de progrès, qu’ils génèrent continuellement de nouveaux projets.

ANES : Qu’apporte la reconnaissance par l’UNESCO ?

Jean-Luc Desbois : La décision finale sur l’attribution du label à un territoire est désormais approuvée par les Etats-membres, en assemblée générale ou en conseil exécutif. Cela accroit les exigences quant à la qualité des projets et à l’implication des territoires. La reconnaissance de l’UNESCO est aussi cohérente avec la vocation des Géoparcs de valoriser culturellement leurs territoires. On ne parle pas seulement de géologie. On parle de l’histoire de la terre, comment ce territoire s’est constitué, comment il a évolué, comment l’homme s’y est installé, pourquoi dans telle vallée plutôt que dans telle autre : les réponses sont souvent liées à la géologie et aux ressources naturelles. On fait aussi, naturellement, le lien entre la géologie et la biodiversité : pourquoi cette biodiversité est là ; des liens avec le patrimoine bâti, avec les savoir-faire locaux. La vision Géoparc consiste à toujours mettre en évidence ces connexions entre l’histoire de la terre, les autres patrimoines, et l’histoire de l’homme. On approche le territoire de manière plus transversale. Et puis, quand on parle de développement durable, se mettre à l’échelle géologique ce n’est pas inintéressant : ça oblige à parler de la constitution des ressources naturelles, du changement climatique, des risques naturels etc. C’est entre autres ce qu’apporte la géologie.

ANES : Vous avez signé hier une convention entre le Comité des Géoparcs de France, que vous présidez, et la Commission nationale française pour l’UNESCO. Sur quoi porte cette convention ?

Jean-Luc Desbois : Nous avons créé ce comité en 2014 pour gérer les contacts avec la délégation française à l’UNESCO, avec les ministères, dans le but de faire connaître le label et l’organiser en France. Le Comité Geoparcs s’est proposé pour gérer le label au niveau national, pour informer les territoires candidats et les appuyer dans leur démarche, les mettre en lien avec d’autres Géoparcs dans le monde s’ils ont envie de coopérer. Il s’agît aussi d’avoir une vision des candidatures qui remontent au niveau national, et de les instruire avant de les communiquer à la commission nationale pour l’UNESCO, puis à l’UNESCO. Nous nous assurons que les projets présentés sont suffisamment mûrs, et qu’ils correspondent bien aux critères. Il ne peut pas y avoir plus de deux candidatures ouvertes dans chaque Etat en même temps, c’est-à-dire officiellement déposées mais pas encore acceptées ni rejetées. Aujourd’hui tous les Géoparcs français sont situés, disons, dans le Grand sud-est. Nous aimerions que d’autres territoires, dans d’autres régions, se portent à leur tour candidats. Il y a des régions françaises qui ont plein de richesses géologiques et des projets de territoires à porter. Un territoire en Bretagne a manifesté son intérêt, un autre dans la Manche, un dans les Deux-Sèvres…

Propos recueillis
par Jean-Jacques Fresko

 Présentation des Géoparcs d’Europe (film)

Le Géoparc du Massif des Bauges (film)

Les Géoparcs UNESCO