« Nous devons améliorer l’exploitation des données naturalistes »

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Trois questions à Michel Métais, président de Réserves naturelles de France, Vice-président sortant du Conseil d’orientation stratégique de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité.

ANES : Vous étiez depuis 2015 le vice-president du Conseil d’orientation stratégique (COS) de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB). A l’issue de ce mandat, quel bilan tirez-vous de ces trois années ?

Michel Métais : Nous avons largement contribué à ce que la FRB se dote d’une stratégie et de compétences en matière de communication. Tout est parti d’un constat : il y avait une attente, vis-à-vis de la FRB, d’outils pour parler simplement et clairement de la biodiversité, de « clés pour comprendre » la biodiversité. Nous nous sommes aussi interrogés sur le rôle que devait jouer la FRB lors de grands événements, tels que la COP 21 ou les élections présidentielles. Jusque-là, on avait plutôt tendance à considérer que ce n’était pas l’affaire de la Fondation, que les chercheurs n’avaient pas à intervenir dans le débat public. C’est donc le COS qui a pris l’initiative de dire au conseil d’administration de la FRB que la « société civile », dont nous sommes les représentants, souhaitait se saisir de ces événements pour faire en sorte que la biodiversité n’en soit pas absente. Nous avons donc publié l’appel des chercheurs pour la biodiversité au moment de la COP 21, pour inviter les négociateurs représentant les parties de la Convention des Nations unies sur le changement climatique à prendre en compte la biodiversité, son fonctionnement et sa dynamique, dans les négociations sur le climat. A nos yeux, l’ambition de limiter le réchauffement climatique doit aller de pair avec celle de réduire les atteintes à la biodiversité et à ses services dont l’humanité bénéficie. Quelques mois plus tard, pendant la campagne pour l’élection présidentielle, nous avons invité les représentants des cinq grands candidats à venir nous exposer leurs programmes en matière de biodiversité. Et nous avons eu l’heureuse surprise de voir quelques mesures apparaître dans ces programmes à la suite de cet événement…

ANES : Le COS, c’est donc la voix de la société civile au sein de la FRB ?

Michel Métais : Exactement. C’est au COS de transmettre à la Fondation les attentes, les questionnements de la société. Et c’est ensuite au Conseil scientifique de traduire ces attentes en programmes de recherche, et de gérer la coopération entre divers organismes, de proposer des thématiques transversales… en ménageant les susceptibilités de chacun. C’est ainsi que nous avons pu impulser des programmes sur les pollinisateurs, les observatoires, les impacts du changement climatique, etc. Au cours des années écoulées, je pense que le COS a pris toute sa place dans le dispositif, que sa fonction d’interpellation des autres organes de la Fondation -le conseil scientifique et le conseil d’administration- est de plus en plus affirmée et reconnue. Le conseil d’administration est l’interface avec les institutions, notamment politiques et administratives. Le conseil scientifique, lui, est au cœur de dynamiques à la fois internationales et locales. Le COS s’est mis au diapason de ces deux instances. Cette articulation a permis l’émergence de programmes ambitieux, par exemple sur la recherche dans les espaces protégés. Evidemment, tout cela a été rendu possible par l’implication de l’équipe des permanents de la FRB, qui assume parfaitement sa fonction d’interface entre ces trois instances. Aujourd’hui les synergies fonctionnent parfaitement, et le résultat, c’est que le COS rassemble 235 structures, contre 176 pour le mandat précédent !

ANES : Et vos frustrations ? Vous devez bien en avoir aussi, à l’issue de ce mandat.

Michel Métais : Des frustrations, non, mais des points sur lesquels je pense qu’il y a encore beaucoup de travail à accomplir, ça oui, évidemment. Notamment sur le lien recherche-espaces protégés, dont nous venons de parler. Il y a eu récemment cette étude sur les insectes volants menée dans les 62 réserves naturelles allemandes. Pourquoi ne sommes-nous pas en capacité, en France, de produire des études de ce type ? Pourtant les données sont collectées, stockées, pourquoi ne pouvons-nous pas les exploiter à l’échelle nationale ? En France, les alertes en matière de biodiversité viennent exclusivement de l’UICN. Pourquoi le réseau des espaces protégés ne peut-il pas tirer parti des données qui sont collectées et transmises ? Où est notre capacité de synthèse ? La FRB a devant elle un gros chantier sur ce terrain. Dans un tout autre domaine, le nouveau COS aura aussi à faire en sorte que ses membres participent au financement de la recherche, d’une centaine de Master 2 au cours du mandat de 4 ans du COS 2018-2021. II pendant les quatre années de son mandat. C’est un enjeu essentiel à la fois pour la recherche en elle-même, et en termes d’implication des membres du COS !

Propos recueillis
par Jean-Jacques Fresko