Une réserve naturelle plus grande que la France !

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Trois questions à Cédric Marteau, Gestionnaire de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises (TAF), située dans le Sud de l’océan Indien.

ANES  : La réserve naturelle des Terres Australes Françaises vient de voir sa superficie spectaculairement augmentée. Pourquoi ?

Cédric Marteau : Cette extension fait suite à une réflexion conduite depuis plusieurs années, en fait depuis la parution du décret de 2006 qui créait la Réserve. Il y avait une différence importante entre les préconisations de la communauté scientifique et le périmètre défini par le décret. Nous avons donc conduit une étude sur la pertinence du périmètre retenu, en partenariat avec l’Agence des aires marines et les scientifiques concernés. Et puis il y a eu une demande très forte du ministère de l’écologie, au moment de la COP 21, qui souhaitait prendre une initiative marquante dans cette région du monde. Tout cela a conduit à cette extension, qui porte la superficie de la Réserve à 672 000 km2, c’est-à-dire une surface supérieure à celle de la France métropolitaine ! L’extension porte uniquement sur le milieu marin : tout le terrestre avait été classé en 2006. La Réserve, aujourd’hui, s’étend des laisses de mer jusqu’à des fonds de 2 800 à 2 900 mètres, c’est-à-dire aux limites des abysses.

ANES : Quel est l’enjeu écologique de la Réserve ?

Cédric Marteau : Il est double. Il y a d’abord un enjeu de préservation de l’écosystème et de son endémicité, et d’autre part un enjeu climatique : plus un tel écosystème est en bon état, plus il constitue un puits de carbone efficace. La réserve abrite la plus forte concentration d’oiseaux marins de la planète : plus de 50 millions d’oiseaux s’y reproduisent. Préserver l’écosystème de la réserve, c’est aussi préserver leur base alimentaire. C’est préserver l’endémicité des fonds marins, qui recèlent des coraux, des éponges, des éléments benthiques sur lesquels nous avons forcément beaucoup de choses à apprendre. Enfin, il y a le pari que maintenir cet écosystème en bon état c’est renforcer sa résilience face aux évolutions climatiques à venir.

ANES : Pour faire respecter une zone protégée d’une telle superficie, les moyens alloués à la Réserve sont-ils suffisants ?

Cédric Marteau : Le préalable à l’extension a été la définition d’un schéma de surveillance à long terme. Grâce à un financement particulier du Ministère de l’écologie, nous avons mis en place un suivi satellitaire permanent. Nous avons par ailleurs noué un partenariat renforcé avec la Marine nationale, et nous disposerons bientôt d’un nouveau navire, l’Astrolabe, actuellement en cours de construction à Concarneau. Il sera armé par la Marine nationale, il permettra de faire 5 mois par an la liaison vers la Terre Adélie, et les sept autres mois des missions de surveillance autour de Crozet, Amsterdam, les Kerguelen… A la faveur de l’extension, le ministère en charge de l’écologie a alloué une augmentation de 180 % du budget de la Réserve.

Propos recueillis
par Jean-Jacques Fresko