À la pêche aux moules

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Trois questions à Jérémy Allain, Directeur de VivArmor Nature, à l’issue du colloque final du programme Life « Pêche à pied de loisir » qui s’est tenu à Boulogne-sur-Mer les 23 et 24 novembre 2016.

ANES : Le programme Life « Pêche à pied de loisir », que VivArmor Nature a initié avec quelques partenaires, touche à sa fin. Que représente la pêche à pied en France ?

© Yannick Chérel
© Yannick Chérel

Jérémy Allain : Sur l’ensemble du littoral français, on compte environ 2 millions de pêcheurs à pied, en-dehors des professionnels. C’est beaucoup plus que les chasseurs (1,2 millions) ! Et cette pratique massive a inévitablement des impacts sur l’estran, et sur les populations de coquillages pêchés. Quand on a commencé à travailler sur le sujet, on s’est aperçu que 80 à 85 % des pratiquants ne connaissent pas la réglementation, et qu’ils pêchent des individus plus petits que ce qu’autorise la loi, ce qui met en péril la reproduction, et donc la pérennité de la ressource. En outre, le retournement des blocs, quand ils ne sont pas soigneusement remis en place, détruit les algues qui les colonisent, et qui constituent l’habitat des espèces pêchées ! Notre objectif, en lançant ce programme, n’était évidemment pas de faire interdire la pêche à pied (j’en suis moi-même un pratiquant, et mes parents le sont aussi !) mais de travailler à la sensibilisation et à l’information des pêcheurs en vue de pérenniser la ressource. Pour cela, nous avons réuni une équipe projet qui rassemblait VivArmor Nature, le CPIE de Marennes-Oléron, et l’Agence des aires marines protégées, et le Conservatoire du Littoral.

ANES : Quelles difficultés avez-vous rencontré ?

Jérémy Allain : La première c’est de monter le dossier « Life ». Mais nous nous sommes très vite aperçu que ce programme européen était le seul cadre qui nous permettait de conduire une action au niveau national. C’est une procédure extrêmement lourde, très contrôlée par les services de Bruxelles, et tout le monde nous disait qu’on n’y arriverait pas… ce qui nous a évidemment stimulés ! Mais l’enjeu valait qu’on s’y investisse : le Life, c’est un financement total de 3,9 M€, dont 50 % apportés par le budget européen. La deuxième difficulté c’est évidemment de toucher les pratiquants de la pêche à pied, dont seulement 2 % appartiennent à une fédération ou à une association. Il peut s’agir d’une activité occasionnelle, pratiquée par des touristes de passage, ou au contraire d’une activité régulière pratiquée par des locaux, qui sont convaincus d’être parfaitement informés, au point parfois de pêcher sur des sites fermés pour raisons sanitaires ! Enfin, il y avait une méfiance réciproque entre pêcheurs et naturalistes. Les pêcheurs craignaient pour peur leur activité, les naturalistes les tenaient pour des irresponsables qui détruisaient le littoral ! Nous avons dû surmonter tout cela, et nous avons constaté que, lors de nos enquêtes de terrain, nous recevions un bon accueil dans 92 % des cas. Et quand nous arrivons en distribuant nos réglettes qui permettent au pêcheur de vérifier si ses prises ont la taille réglementaire, c’est dans 99 % des cas que nous sommes bien accueillis !

ANES : Que va devenir ce projet quand les fonds du Life ne seront plus là ?

Jérémy Allain : Nous avons mis en place un réseau, des structures de concertation qui vont continuer à fonctionner. Autour de ce sujet, se sont réunis l’Agence des aires marines protégées, le Conservatoire du littoral, les associations de pêcheurs, les collectivités locales, bref tous les acteurs de la pêche à pied. Ces liens vont évidemment perdurer. Et surtout, nous avons dépassé la méfiance initiale. Avec les pêcheurs, les relations étaient parfois très tendues au début. Ils sont aujourd’hui pleinement impliqués dans les actions que nous conduisons !

Propos recueillis
par Jean-Jacques FRESKO