Glyphosate: les grandes dates d’un désherbant controversé

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Désherbant à succès mais controversé, le glyphosate est soumis, le 13 octobre, au vote des 27 pour le renouvellement de son autorisation dans l’Union européenne (UE).  Les grandes dates de cet herbicide bon marché et très répandu:

 – 1974: Monsanto lance le Roundup –

Le glyphosate est une molécule de synthèse découverte en 1970 par un chimiste de la firme américaine Monsanto.   Composé organophosphoré de la même grande famille que certaines armes chimiques, il détruit une grande variété de végétaux qui l’absorbent par leurs feuilles.  Monsanto lance ce désherbant en 1974 sous le nom de Roundup: ce mot anglais signifie rassemblement ou rafle.   Son efficacité et son faible coût en font rapidement le succès. Il élimine toutes mauvaises herbes avant la récolte et, après la moisson, permet de nettoyer le sol sans besoin de labourer.

  – 1996: OGM résistant au glyphosate –

A partir de 1996, Monsanto commercialise des semences génétiquement modifiées pour résister au glyphosate: les agriculteurs peuvent pulvériser l’herbicide à volonté sans craindre de brûler leurs futures récoltes.  Ces graines Roundup Ready (soja et maïs principalement) sont critiquées, surtout en Europe: elles renforcent la dépendance d’une agriculture intensive à la firme américaine et font peser le risque d’une dispersion d’organismes OGM dont on ignore l’impact à long terme.

 – 2000: tombé dans le domaine public –

Le brevet de Monsanto sur le glyphosate prend fin en 2000. Il devient l’herbicide le plus massivement utilisé dans le monde, par exemple par le gouvernement colombien pour détruire les plantations illégales de coca.  En 2017, on estimait à plus de un million de tonnes sa production annuelle, avec la Chine comme premier producteur (source: Research and Market, cité par l’établissement public français Ineris).

– Mars 2015: cancérogène probable –

Le 20 mars 2015, l’agence du cancer de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) classe le glyphosate comme « cancérogène probable ».  La classification, qui n’a aucun caractère contraignant pour les gouvernements ou organisations internationales, est immédiatement contestée par Monsanto qui affirme que son produit « ne présente pas de risque pour l’homme ».

– Juin 2015: première interdiction –

  En juin 2015, le Sri Lanka est le premier pays à bannir totalement l’usage du désherbant, soupçonné de provoquer une maladie des reins. Mais faute d’études associant directement le glyphosate à cette maladie, l’interdiction est totalement levée en novembre 2021.  En avril 2019, le Vietnam annonce à son tour l’interdiction du glyphosate, entrée totalement en vigueur à la mi-2021. Le Mexique prévoit de bannir la substance à compter de mars 2024.  Dans l’UE, depuis quelques années, plusieurs pays en interdisent l’usage par les particuliers ou dans les espaces publics: c’est le cas aux Pays-Bas, en Belgique, en France ou en Allemagne.

 – Novembre 2017: autorisation prolongée dans l’UE –

A partir de 2015, le renouvellement ou non de l’autorisation de commercialisation du glyphosate entraîne de forts tiraillements au sein de l’UE.   La Commission européenne plaide le prolongement, mettant en avant l’avis des agences Efsa (sécurité des aliments) et Echa (produits chimiques) qui ne classent pas la substance comme cancérigène. Certains Etats membres comme la France voudraient au contraire sortir du glyphosate.  L’UE décide le 27 novembre 2017 d’autoriser pour cinq ans supplémentaires l’herbicide contre l’avis de Paris.

 – Juin 2018: premier procès à San Francisco –

  En juin 2018 démarre le premier procès aux Etats-Unis d’un plaignant qui accuse le Roundup de lui avoir causé un cancer. Monsanto est condamné à verser plusieurs dizaines de millions de dollars.  Devenu en 2018 propriétaire de Monsanto, le groupe pharmaceutique allemand Bayer fait, depuis, face à des dizaines de milliers de plaintes aux Etats-Unis.   Il annonce en juin 2020 un plan doté de 10 milliards de dollars pour sceller des accords à l’amiable avec les plaignants.