Par Paul de Puybusque – Le petit roman de Max Frisch, écrit en 1937, mais très actuel, est bien plus qu’une histoire de montagne comme le dit avec une modestie feinte son sous-titre. C’est aussi une histoire d’amour et surtout une réflexion sur le sens que l’on veut ou peut donner à sa vie, et ceci dans le cadre majestueux des Alpes Suisses que l’auteur rend avec talent.
Le héros est un trentenaire qui craint plus que tout de mener une vie banale, corsetée par les convenances et habitudes, sans risques ni aventures, tiède. Fiancé, il voit dans sa future épouse le symbole de cette vie à venir trop paisible, trop prévisible, muselée, au lieu de mordre à pleine dents dans toutes les offres et tentations de ce monde. C’est pourquoi il s’est mis au défi de faire seul une ascension pour laquelle il n’a pas toutes les compétences ; ceci afin de vivre intensément au moins une fois, de se différencier avec orgueil du commun, d’être celui que l’on sent devoir être, quitte à mentir pour cela. Ce défi, il le soupèse à l’aune des avis qui lui sont prodigués par des rencontres inopinées, guides prudent et taiseux, randonneuse interrogative, et l’ombre de sa fiancée.
L’intérêt du roman est de nous faire partager les sentiments du grimpeur, écartelé entre ses ambitions, ses rêves et ses amours et qui hésite entre un égoïsme hautain pour étreindre toutes les beautés du monde, et un destin aux joies plus raisonnables mais fraternelles.
La face nord lui révélera dans la douleur où est la vraie voie et que « ce que nous pouvons réellement accomplir, cela est assez. »
Paul de Puybusque
Réponse du silence. Une histoire de montagne, Max Frish, Gallimard, 2026, 123 pages, 14 €


