Le décès a été officiellement constaté le 18 juin. Certes, le sujet était âgé, affaibli en dépit des soins intensifs qui lui ont été prodigués, mais c’est bien la canicule qui a fini par l’emporter. Si sa mort n’a guère suscité d’émotion en France, en Angleterre elle a fait la une des médias. Pensez : Major Oak, le chêne millénaire de la forêt de Sherwood, était pour les Anglais un repère, un mythe, une légende, un pilier du roman national. On raconte que Major Oak servit à Robin des Bois de refuge contre les archers du terrible shérif de Nottingham.
Par sa longévité et la date de son décès, Major Oak a toutes les qualités pour devenir le symbole du moment que nous vivons, et que la climatologue Valérie Masson-Delmotte résume crûment : « nos systèmes ont été pensés pour un climat qui n’existe déjà plus… ». Du calendrier scolaire aux horaires de bureau, de l’agriculture aux pratiques architecturales, et jusqu’à la localisation de nos villes et de nos infrastructures, tout ce qui fonde depuis le Moyen-Âge notre vie collective est basé sur des « constantes » climatiques qui appartiennent désormais à l’histoire. Notre système économique est obsolète, notre édifice juridique inadapté (à quoi bon protéger des droits humains si la Terre devient inhabitable ?), nos enseignements dépassés, notre découpage administratif incohérent.
On pourrait s’attendre à ce que cet immense chantier de refondation, qui pourrait même se révéler enthousiasmant (un nouveau monde à construire, ça n’arrive pas à toutes les générations, hein…) soit au cœur des débats publics, des joutes politiques et, plus prosaïquement, de la campagne présidentielle qui s’esquisse. Mais quel-le candidat-e putatif a abordé frontalement ce défi colossal ? Un seul, il faut en convenir, propose de redessiner notre organisation territoriale en la basant sur des « écorégions » qui suivraient les contours des bassins hydrographiques (il s’agît de Jean-Luc Mélenchon). Voilà, au moins, une idée simple et novatrice qui mérite d’être versée au débat.
Mais quel débat ? Les droites érigent la climatisation en remède absolu (mais bon sang, pourquoi les Anglais n’ont-ils pas équipé Major Oak d’un climatiseur ?), et le gouvernement vante « un énorme travail » déjà accompli… dont il échoue à fournir le moindre exemple.
Tout dirigeant avisé le sait : il ne faut jamais gaspiller une bonne crise. Pour celle que nous vivons c’est raté. Attendons la prochaine. Elle ne tardera pas…

