🔻 Assassinats environnementaux : comment réagissent les marchés financiers ?

Photo d'illustration ©geralt de Pixabay

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Une récente étude menée par un trio d’experts en économie montre que les meurtres de défenseurs de l’environnement en lien avec des projets miniers peuvent avoir un impact sur les affaires de l’entreprise mise en cause.

Les violences des multinationales contre les défenseurs de l’environnement ont mauvaise publicité. Si mauvaise, que cela peut coûter jusqu’à 100 millions de dollars aux entreprises en question. Une étude publiée par SOCARXIV Papers montre que les marchés financiers réagissent rapidement lorsque des multinationales sont publiquement associées à l’assassinat d’un activiste. Un trio d’experts en économie de l’Université d’Oxford en Grande-Bretagne et de l’Université de Monash en Australie a analysé 354 assassinats de militants recensés entre 1998 et 2018, liés à des projets d’exploitation minière et d’extraction de minéraux.

Le but de cette analyse était de démontrer comment les marchés réagissent aux violations des droits de l’homme qui font de plus en plus l’actualité. Les auteurs ont compulsé des études algorithmiques et humaines, notamment sur la base de données mondiale LexisNexis des médias populaires en espagnol, français, anglais et portugais. Ils ont ensuite utilisé les données du marché des 10 jours avant et après la date des 354 meurtres relevés, à partir du moment où ils ont été rendus publics.  La réponse associée à l’exploitation minière ou au projet d’extraction de minéraux a ensuite été analysée. Les résultats montrent un rapport de cause à effet : les acteurs du marché avertis considèrent que la déclaration d’un meurtre associé à un projet minier clairement nommé est déstabilisante et réagissent en réduisant leur implication financière.

Les chercheurs remarquent qu’il est mauvais pour les affaires des multinationales d’être associé à un meurtre surtout si celui-ci est rapporté publiquement. Il suffit d’une journée un peu pauvre en actualité, de faits de violences ou de meurtres associés à une grosse entreprise et le relais des médias ou de la société civile pour que les marchés financiers réagissent. L’étude montre qu’une fois qu’une multinationale est nommée publiquement pour des tels faits, les marchés financiers répondent dans les 10 jours, entraînant une perte moyenne de capitalisation boursière (valeur de l’entreprise sur le marché) de l’entreprise mise en cause de plus de 100 millions de dollars.

Les auteurs constatent également que les petites entreprises ou celles qui ont un fort effet de levier – c’est-à-dire qui utilisent des techniques d’endettement pour augmenter leurs capacités d’investissements – ont tendance à s’inquiéter davantage des faits pouvant être rapportés, car cela aurait un impact considérable sur leur activité.

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