Les forêts tropicales stockent du carbone. Mais ça risque de ne pas durer… (2 mn 30)

Photo d'illustration © jungle bere von awstburg de Pixabay

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Les forêts tropicales pourraient perdre leur rôle de réservoir majeur de carbone si la température diurne dépasse les 32°C, une situation qui toucherait près des trois-quart de ces forêts si le réchauffement climatique atteint 2°C, selon une étude publiée dans Science.

« Les forêts tropicales stockent actuellement l’équivalent d’un quart de siècle d’émission de dioxyde de carbone. Or, le réchauffement climatique risque de réduire ce stock si la croissance des arbres diminue ou si le taux de mortalité des arbres augmente, accélérant par la même occasion le changement climatique »,selon un communiqué de presse du Cirad, qui a participé à cette étude ayant mobilisé 225 chercheurs. Les chercheurs ont mesuré plus d’un demi-million d’arbres dans 813 forêts tropicales du monde entier afin d’évaluer la quantité de carbone stockée. Actuellement, les forêts tropicales jouent leur rôle de puits de carbone, « malgré l’élévation des températures,selon le communiqué. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Mais le stock de carbone contenu dans ces forêts reste stable jusqu’à une température diurne seuil de 32°C. Au-delà de ce seuil, ce stock diminue très fortement», selon Bruno Hérault, coauteur de l’étude, et spécialiste des forêts tropicales dans l’unité Forêts et Sociétés au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). L’objectif actuel fixé par l’Accord de Paris de contenir le réchauffement climatique global en-dessous de 2°C « reviendrait à dépasser ces 32 degrés pour un grand nombre de forêts tropicales. Si nous limitons les températures moyennes mondiales à une augmentation de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels, cela pousse près des trois quarts des forêts tropicales au-dessus du seuil de température que nous avons identifié », avertit Martin Sullivan, l’auteur principal de la publication, chercheur à l’Université de Leeds et à l’Université métropolitaine de Manchester, cité dans le communiqué. Le danger serait alors « que les forêts deviennent, à leur tour, émettrices de carbone. Chaque degré d’augmentation de la température libérerait 51 milliards de tonnes de CO2 des forêts tropicales dans l’atmosphère», indique Martin Sullivan.

Pour calculer l’évolution du stockage du carbone, plus d’un demi-million d’arbres de 10 000 espèces différentes ont été mesurés, et ce dans 24 pays tropicaux. L’équipe mondiale de 225 chercheurs a ainsimis en commun les observations réalisées sur le terrain en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie depuis plusieurs décennies. Ces données, acquises sur des parcelles souvent éloignées de plusieurs jours des infrastructures humaines, sont à la fois le fruit d’un dévouement extrême des équipes de terrain qui travaillent dans des conditions très rudimentaires et d’un support sur le long terme par les institutions de recherche en charge de ses dispositifs. « Au Cirad, le dispositif de terrain de Paracou en Guyane Française a été mobilisé dans cette étude. Sur ce site, plus de 70000 arbres sont mesurés régulièrement depuis le début des années 1980, fournissant un précieux jeu de données pour comprendre les changements opérant dans les forêts tropicales sous l’effet des pressions anthropiques », souligne Géraldine Derroire, chercheure au Cirad au sein de l’UMR Ecologie des Forêts de Guyane. Pour les co-auteurs : « Cette étude souligne tout l’intérêt des collaborations à long terme en matière de recherche. Elles sont essentielles pour comprendre et anticiper les effets du changement environnemental sur le fonctionnement de la planète. Face aux enjeux climatiques du XXIème siècle, les scientifiques doivent plus que jamais travailler ensemble, car la surveillance de la santé des grandes forêts tropicales de notre planète est vitale pour nous tous ». 

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