Des tactiques pour tacler la tique (3 mn)

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Une tique vous a choisi pour se sustenter ? La recherche a besoin de vous. Via l’application « signalement tiques » toute victime de ces parasites hématophages peut aider à cartographier le risque de piqûre en France et ainsi permettre une meilleure prévention.

« Une tique peut transporter une grande diversité d’agents pathogènes: des bactéries – la maladie de Lyme est une maladie bactériose – des parasites, des virus comme l’encéphalite à tiques », explique à l’AFP Pascale Frey-Klett, directrice de recherche à l’Institut de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). Pour mieux comprendre les conditions de vie de ces parasites amateurs de sang frais, leurs interactions avec leur environnement, dans quelles conditions ils se développent et où le risque de se faire piquer est le plus grand, les chercheurs comptent sur le programme de recherche participative CITIQUE coordonnée par l’Inrae et son application « Signalement Tique » dont une nouvelle version est maintenant disponible. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

N’importe qui peut y signaler ses piqûres, celles de ses enfants, de son chien, ses moutons, ses vaches … Puis envoyer les tiques piqueuses, dont les chercheurs manquent cruellement « puisqu’il faut déjà se faire piquer ».« Il existe en France une quarantaine d’espèces de tiques, 900 dans le monde. Et toutes ne transmettent pas forcément les mêmes agents pathogènes », détaille Pascale Frey-Klett. Mais toutes procèdent de la même façon pour festoyer : la tique monte le long d’une herbe ou d’une plante de petite taille et attend le passage d’un hôte auquel elle va pouvoir s’accrocher et faire son repas de sang. « La plupart des personnes pensent être à risque quand elles vont dans les forêts mais il existe également un risque réel dans les jardins et les parc publics »,avertit la chercheuse. Un risque mis en évidence par « l’augmentation des signalements de piqûres de tiques intervenue dans les jardins pendant la période du confinement ».

La faune sauvage, en particulier les rongeurs, hérissons, oiseaux, sangliers, cervidés jouent un rôle important dans le cycle des tiques et des maladies à tiques. Près de 300 espèces peuvent servir d’hôte aux tiques. Cependant, le rôle des animaux sauvages est complexe. Le chevreuil, par exemple, est un réservoir important de tiques parce qu’il peut en nourrir un très grand nombre. Il peut « héberger » en effet jusqu’à plusieurs centaines de tiques. Par contre, il semble qu’il ne multiplie pas la bactérie Borrelia, agent de la maladie de Lyme, pouvant freiner ainsi la propagation de la maladie. Le campagnol roussâtre par contre, est un très bon réservoir pour Borreliaet son abondance favorise la transmission de la maladie.  Des travaux menés entre 2005 et 2011 par l’INRAE ont pointé un rongeur encore plus efficient que le campagnol pour la transmission de la maladie de Lyme : l’écureuil de Corée ou tamia de Sibérie. Vendu en animalerie dès la fin des années soixante, il s’est installé dans de nombreuses forêts d’Ile-de-France, en particulier la forêt de Sénart, après avoir été relâché par leurs propriétaires lassés de leur compagnie. Les chercheurs ont montré que le tamia est infesté par plus de tiques que le campagnol. Il est aussi infecté par une diversité de Borreliaplus importante. Il devient donc un réservoir important dans les endroits où il est abondant.

La solution envisagée est d’arrêter la vente de cet écureuil. Ces travaux ont contribué à inscrire le tamia de Sibérie sur une liste établie le 4 décembre 2015 et comportant 37 espèces végétales et animales pour lesquelles il a été demandé à l’UE d’intervenir. Les animaux d’élevage (bovins, ovins…) sont aussi utilisés comme hôtes par les tiques et sont d’ailleurs eux-mêmes victimes de certaines maladies qu’elles leur transmettent (piroplasmose, anaplasmose…). Ils peuvent donc à leur tour constituer des réservoirs d’agents pathogènes pour l’homme.

Mais comment maîtriser la propagation des tiques ? En 2017, des biologistes de l’Université de Wageningen et du Centre de contrôle des maladies infectieuses d’Utrecht, ont publié une étude instructive dans la revue Proceedings of the Royal Society B.Ils ont comparé les taux d’infection des tiques dans une vingtaine de forêts des Pays-Bas. Certaines étaient des réserves naturelles, fortement peuplées de renards. D’autres hébergeaient peu ou pas de canidés sauvages. Résultat : plus les renards sont nombreux dans les forêts, moins les tiques sont vectrices de la bactérie. Dans les zones les plus peuplées en renard, un animal pourtant encore considéré comme nuisible, les tiques infectées récoltées sur des rongeurs (campagnol, mulot, souris) peuvent être jusqu’à 20 fois moins nombreuses !

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