🆓 « Et le virus tua le bruit » (2 mn 30)

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La pandémie de Covid-19 a contribué à instaurer un silence bienfaiteur pour la biodiversité dans les villes. Une nouvelle étude montre par ailleurs les impacts sonores des navires de croisière sur les phoques communs.

La pandémie du Covid-19 est une aubaine pour le silence. Avec le confinement, l’intensité sonore en centre-ville a baissé de 80 %, laissant entendre le chant des oiseaux en cette période printanière. « En temps normal, le bruit de l’anthropophonie (les sons liés à l’activité humaine, ndlr) interfère avec le son des animaux, les obligeant à chanter plus fort, plus aigu, plus souvent, ou à décaler leur période de chant, réduire leur activité sonore, voire à fuir« , explique Jérôme Sueur, Maître de conférences au Muséum national d’histoires naturelles (MNHN). « Le bruit est aussi source de stress, de fatigue, de dérèglements physiologiques, de perte de vigilance face aux prédateurs, de réduction des comportements alimentaires. » Autant d’impacts qui peuvent compromettre l’existence des animaux ; alors que le silence soudain lié à la pandémie augmente probablement leur survie.

Le scientifique ajoute toutefois qu’il n’a pas été prouvé que le silence permettait une meilleure reproduction, par exemple chez les oiseaux, qui sont en ce moment en période de nidification. L’activité humaine n’est en effet pas le seul facteur contraignant dans le processus. Et le confinement ‘ »ne représente qu’une petite fenêtre temporelle à l’échelle animale. L’évolution des écosystèmes se fait sur le temps long ». Il offre toutefois des conditions uniques pour une expérience scientifique à grande échelle : « tester l’importance de l’anthropophonie sur le comportement et l’écologie animale ; et […] mieux diagnostiquer la biodiversité en l’écoutant« . Ainsi, pendant toute cette période, des magnétophones installés depuis un an et demi dans le Parc naturel régional du Haut-Jura vont pouvoir enregistrer le paysage sonore d’une forêt de résineux et offrir la possibilité de comparer la structure et la dynamique acoustique d’un milieu naturel avant, pendant et après le confinement.

S’il fallait un exemple de la nocivité du bruit humain sur les cycles des animaux, une nouvelle étude sur le dérangement des phoques par le bruit des bateaux vient justement d’être publiée. Des scientifiques ont montré que les sons en basse fréquence des navires de croisière « noient » les vocalisations des phoques lorsqu’ils cherchent un partenaire. le Dr Michelle Fournet, de l’université américaine de Cornell, et ses collègues ont fait descendre un ensemble de microphones dans la baie des glaciers en Alaska et ont enregistré des sons sous-marins entre mai et octobre 2015. L’équipe a ensuite analysé les données d’une période de neuf jours qui coïncidait avec le pic de la période de reproduction des phoques communs, avec 545 rugissements sous-marins produits par au moins quatre phoques mâles différents.

L’équipe n’a détecté aucune différence dans le volume des rugissements entre les périodes calmes et les les périodes bruyantes marquées par le passage des bateaux de croisière. La durée ou la fréquence des rugissements n’a pas non plus montré de différence tangible. Au contraire, le volume d’un rugissement diminuait d’environ 0,86 décibel pour chaque décibel d’augmentation du bruit des navires de croisière. En d’autres termes, la zone sur laquelle ils pouvaient communiquer a diminué. Les scientifiques émettent l’hypothèse que les phoques appellent déjà aussi fort qu’ils le peuvent, même pendant les périodes de calme, car cela serait avantageux pour obtenir un partenaire autant que pour défendre leur territoire. Mais cela signifierait qu’ils pourraient ne pas être capables de monter le volume lorsque les navires de croisière passent, et que leur capacité de détection de ce signal diminuerait. Il serait donc plus difficile pour les mâles de trouver une compagne, la période de passage des navires la plus importante coïncidant avec leur saison de reproduction.

L’étude