Apocalypse coraux (1 min 30)

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Une nouvelle étude fait état d’une augmentation spectaculaire de la fréquence et de l’intensité de phénomènes de blanchissement corallien quasi irréversibles.

Le blanchissement corallien, l’une des conséquences de l’augmentation des températures planétaires, se produit lorsque la densité des algues zooxanthelles diminue drastiquement dans les tissus d’un corail à la suite d’un stress environnemental, révélant le squelette blanc du corail sous-jacent. Un blanchissement prolongé sur plusieurs mois conduit à des niveaux élevés de mortalité corallienne. Une nouvelle étude, baptisée « Schémas spatiaux et temporels de blanchissement de masse des coraux pendant l’Anthropocène », montre une « augmentation spectaculaire de la fréquence et de l’intensité des phénomènes de blanchissement corallien, qui atteignent des niveaux très élevés et quasiment irréversibles » à l’échelle mondiale, indique la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB), qui a publié une synthèse de l’étude. Les auteurs se sont intéressés à l’histoire des blanchissements récurrents de 1980 à 2016 pour 100 emplacements de récifs coralliens répartis dans 54 pays du monde et couvrant quatre grande régions géographiques (Australasie, Atlantique ouest, océan indien et Pacifique). Les résultats prouvent que les phénomènes de blanchissement de masse se sont répétés de plus en plus fréquemment au cours des 40 dernières années, s’approchant de niveaux qui ne permettraient pas la survie des récifs. Ainsi, « un événement qui survenait tous les 25 à 30 ans au début des années 1980 est aujourd’hui cinq fois plus fréquent (c’est-à-dire qu’il se produit tous les cinq à six ans) », souligne la FRB. Depuis les années 80, 58 % des épisodes de blanchissement de masse se sont produits lors de quatre périodes El Niño majeures : 1982-1983, 1997-1998, 2009-2010 et 2015-2016. « Cependant, les 42 % restants se sont produits en dehors des épisodes El Niño : à l’évidence, le lien entre El Niño comme déclencheur prédominant du blanchissement de masse diminue à mesure que le réchauffement climatique augmente. » Aujourd’hui, les intervalles de temps entre les épisodes de blanchissement sont de plus en plus courts et ne permettent pas une récupération totale des assemblages de coraux matures qui est de 10 à 15 ans pour les espèces à croissance rapide. Les zones refuges sont par ailleurs de moins en moins épargnées : seulement six des 100 sites examinés ont échappé jusqu’à présent au blanchissement sévère. « À l’échelle mondiale, le risque annuel de blanchissement (graves et modérés) a augmenté, passant de 8 % au début des années 1980 à 31 % en 2016. » La synthèse souligne des disparités géographiques : l’Atlantique ouest a présenté des symptômes de blanchissement plus tôt et plus souvent qu’ailleurs. « L’état futur des récifs et des services écosystémiques qu’ils fournissent aux populations dépendra de manière directe de l’évolution de nos émissions de gaz à effet de serre et de notre capacité à renforcer la résilience des coraux au blanchissement par la gestion des facteurs de stress locaux », conclut la FRB.

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