L’effort environnemental renforce les inégalités sociales (1 min 30)

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Futur Parc National des Calanques, France. Marseille, Bouches du rhone. The future National Park des Calanques. Avril 2011
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Le projet Effijie, qui explore le lien entre inégalités sociales et politiques publiques environnementales, démontre que l’effort environnemental demandé aux populations renforce souvent les inégalités socio-économiques.

Le projet Effijie (l’EFFort environnemental comme Inégalité : Justice et Iniquité au nom de l’Environnement), financé par l’Agence Nationale de la Recherche et pour partie coordonné par des sociologues de l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea), est un projet interdisciplinaire en sciences sociales qui, depuis 4 ans, associe une approche statistique, une approche éthique ou compréhensive et une approche socio-historique afin d’explorer les inégalités environnementales dans les sociétés humaines. En effet, confrontés au changement global, les territoires sont soumis à de nombreuses pressions – urbanisation, raréfaction des ressources naturelles, événements climatiques extrêmes tels que tempêtes, crues et incendies, etc… « Ce sujet rassemble différents enjeux tels que l’exposition aux risques, l’accès aux ressources naturelles à l’échelle des groupes sociaux ou des populations, leur impact sur l’environnement ou leur capacité à agir pour sa protection et à en bénéficier », explique Valérie Deldrève, sociologue à Irstea et coordinatrice du projet. Or, des études prouvent que les populations les plus défavorisées sont souvent les plus exposées aux risques. Dans ce cadre, les sociologues ont voulu questionner le lien entre inégalités sociales et politiques environnementales : contribue-t-on de manière égalitaire et équitable, ou certains groupes sociaux, voire populations, contribuent-ils plus que d’autres ? En quoi et pour quelles raisons cette contribution serait inégale ? Deux types de politique publique environnementale ont été comparés : la protection de la biodiversité dans les parcs nationaux de la Réunion et des Calanques ; et la gestion de la qualité des ressources en eau dans les départements des Deux-Sèvres, des Pyrénées-Atlantiques et de La Réunion. En matière de politiques publiques liées à la qualité de l’eau, l’effort est essentiellement demandé aux consommateurs à travers la facture d’eau de chacun. « Il accentue alors les inégalités socio-économiques existantes au point de fragiliser le droit à l’eau des foyers les plus défavorisés. Pour autant, l’effort demandé aux agriculteurs qui ont des parcelles dans le périmètre de protection des captages peut créer de nouvelles inégalités entre les exploitations agricoles selon le pourcentage de leur foncier concerné et le nouveau mode de culture préconisé », explique l’Irstea dans un communiqué. Concernant les parcs nationaux, la réforme de ces derniers en 2006 ne tend pas vers une meilleure répartition de l’effort, mais au contraire « à renforcer certaines formes d’inégalités environnementales au profit des usagers les mieux organisés pour défendre leurs intérêts. »