Une larve dévoreuse de plastique, nouvel espoir pour l’environnement

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Alors que la communauté scientifique s’inquiète d’une nouvelle poubelle océanique dans l’Arctique, la découverte d’une larve capable de dévorer le plastique utilisé dans de nombreux emballages offre la perspective de bio-dégrader rapidement ce polluant.

L’Arctique n’est pas l’océan immaculé qu’on pensait. Les expéditions scientifiques Tara Océans 2009-2013 (France) et Malaspina 2010 (Espagne) démontrent dans une étude publiée dans Science Advances que de grandes quantités de déchets plastiques, rejetés principalement des côtes densément peuplées de l’Atlantique Nord (Etats-Unis, Europe de l’Ouest et Royaume-Uni) et transportés par les courants océaniques, s’accumulent dans les parties Nord des mers du Groenland et de Barents. Les chercheurs ont pu déterminer la trajectoire des objets flottants en utilisant les données captées par 17 000 bouées géolocalisées.

Les eaux de surface de cette zone en cul-de-sac de l’Arctique piégeraient à ce jour jusqu’à 1200 tonnes de débris, constituées de près de 300 milliards de fragments plastiques de la taille d’un grain de riz. L’étude envisage que les fonds océaniques pourraient également contenir d’importantes quantités de déchets, ceux-ci étant voués à sombrer au long-terme.

Après le « 7è continent de plastique » (en réalité, cinq immenses décharges enfermées au sein de tourbillons d’eau océanique attirant les résidus plastiques) mis en évidence par l’équipe du professeur Andrès Cózar, les chercheurs s’interrogent sur les répercussions écologiques de cette nouvelle poubelle flottante sur un écosystème arctique déjà rudement mis à l’épreuve par le changement climatique.

Chaque année, quelque 80 millions de tonnes de polyéthylène sont produites dans le monde, surtout pour la production d’emballages. Ils comptent pour 40% de la demande totale des produits plastiques en Europe dont 38% se retrouvent dans des décharges. Mille milliards de sacs plastiques sont utilisés dans le monde chaque année et chaque individu utilise en moyenne chaque année plus de 230 de ses sacs, produisant plus de 100.000 tonnes de déchets. Actuellement, le processus de dégradation chimique de ces déchets plastiques avec des produits très corrosifs comme l’acide nitrique peut prendre plusieurs mois. Laissés dans la nature, il faut environ un siècle pour que ces sacs plastiques se décomposent complètement. Pour les plastiques les plus résistants, ce processus peut prendre jusqu’à 400 ans. Environ huit millions de tonnes de plastique sont déversés tous les ans dans les mers et océans du globe, selon une étude publiée en 2015 dans la revue américaine Science. Les scientifiques pensent qu’il pourrait y avoir jusqu’à 110 millions de tonnes de déchets en plastique dans les océans. Des petits fragments de plastiques peuvent absorbés par les poissons et les autres espèces marines.

Federica Bertocchini, une chercheuse au Centre espagnol de la recherche nationale (CSIC), auteur de la découverte de la larve de la fausse teigne de la cire (Galleria mellonella), un papillon très répandu, pourrait bien avoir découvert une solution à l’accumulation de plastique dans l’environnement. La larve de la fausse teigne de la cire, élevée commercialement en grand nombre pour servir d’appât pour la pêche, est à l’état sauvage un parasite des ruches qui se niche dans la cire d’abeilles, partout en Europe. Cette scientifique, également apicultrice amateur, a observé que les sacs en plastique dans lesquels elle plaçait la cire des ruches infectée par ce parasite, étaient rapidement criblés de trous. D’autres observations avec un sac de supermarché au Royaume-Uni, soumis à une centaine de ces larves, ont montré que celles-ci pouvaient endommager le plastique en moins d’une heure.
Des trous commençaient à apparaître après seulement quarante minutes et au bout de douze heures, la masse de plastique du sac était réduite de 92 milligramme, ce qui est considérable, explique Bertocchini dans une étude publiée avec d’autres chercheurs. Ils soulignent que ce taux de dégradation est « extrêmement rapide » comparativement à d’autres découvertes récentes telle que celle d’une bactérie, l’an dernier, qui peut également dégrader certains plastiques mais au rythme de 0,13 milligramme par jour seulement.

Les auteurs de cette dernière découverte, pensent que la larve de la fausse teigne de la cire n’ingère pas seulement le plastique mais qu’elle le transforme ou le brise chimiquement avec une substance produite par ses glandes salivaires. « L’une des prochaines étapes sera de tenter d’identifier ce processus moléculaire et de déterminer comment isoler l’enzyme responsable », expliquent-ils. « S’il s’agit d’une simple enzyme on pourra alors la fabriquer à une échelle industrielle grâce à la biotechnologie, estime Paolo Bombelli de l’Université de Cambridge au Royaume-Uni, un des principaux co-auteurs de ces travaux. Cette découverte pourrait être un outil important pour éliminer les déchets de plastique polyéthylène qui s’accumulent dans les décharges et les océans. »

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