La diplomatie environnementale minée par une série de déceptions

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La grande conférence de l’ONU sur la sauvegarde de la nature reprend le 25 février à Rome en pleine crise de la diplomatie environnementale, la fin d’année 2024 ayant été marquée par plusieurs sommets internationaux décevants ou infructueux, sur le climat ou la pollution plastique.

– COP16: échec partiel –

Ce fut le premier signal négatif d’une fin d’année morose pour les défenseurs de l’environnement: la suspension brutale, le 2 novembre, de la Conférence des Nations unies sur la nature, la COP16 biodiversité, à Cali en Colombie.

En cause: l’incapacité des pays riches et du reste du monde à s’accorder sur l’aide au développement destinée à stopper la destruction de la nature d’ici 2030.

Mais la dispute va au-delà de la finance, alors que la plupart des pays sont très loin de tenir la feuille de route mondiale adoptée pour « faire la paix » avec la nature: « nous voyons un certain nombre de pays revenir sur leurs engagements en matière de climat et de nature » et « le multilatéralisme traverse une période difficile », analyse Brian O’Donnell, directeur de l’ONG Campaign for Nature.

– Le retour de Donald Trump –

Trois jours après l’échec de Cali, l’élection de Donald Trump, climatosceptique assumé, a jeté un nouveau froid sur la diplomatie environnementale.

A peine installée en janvier, la nouvelle administration américaine a annoncé le retrait des Etats-Unis – deuxième pollueur mondial – de l’accord de Paris sur le climat. Un « recul pour la civilisation humaine », a réagi le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, hôte de la prochaine conférence de l’ONU sur le sujet.

Donald Trump a commencé à couper l’aide internationale de son pays, ce qui pourrait affecter les engagements financiers climatiques des Etats-Unis. Un handicap majeur pour la diplomatie environnementale, en grande partie axée sur la mobilisation et la répartition de l’aide des pays riches.

« On voit bien que le financement est le verrou qui bloque tous les canaux diplomatiques environnementaux aussi bien sur le plastique et la désertification que le climat et la biodiversité », note Arnaud Gilles, du WWF France.

– Climat: attentisme et disputes financières –

La COP29 sur le climat, à Bakou en novembre 2024, s’est terminée sur un goût amer: une promesse de 300 milliards de dollars de financements annuels des pays riches pour les pays en développement d’ici 2035.

Le montant, loin des attentes, est invoqué pour justifier le manque d’ambition de certains pays du Sud pour réduire leurs gaz à effet de serre.

« Les gouvernements qui d’habitude essayent de faire avancer la machine » sur l’aide financière « sont désormais dans une situation de bascule : France, Canada et Allemagne, entre autres, n’ont pas de feuille budgétaire très claire, donc leur capacité à embarquer d’autres pays est affectée », explique Agnès Hallosserie, du centre de recherches IDDRI.

– La sortie du plastique enlisée –

Le 2 décembre, les négociations à Busan, en Corée du Sud, pour parvenir à un traité mondial contre la pollution plastique ont échoué face à l’opposition d’un groupe de pays pétroliers, menés par la Russie, l’Arabie Saoudite et l’Iran.

Après deux années d’efforts, cette session devait être la dernière. Mais les pays restent bloqués sur trois points: réduire ou non la production mondiale, établir une liste de produits jugés dangereux pour la santé et, encore une fois, le financement de l’aide aux pays en développement pour une gestion des déchets efficaces.

Les négociations doivent reprendre en 2025, à une date encore indéterminée.

– Accord repoussé sur la désertification –

Autre échec récent: celui de la Convention de l’ONU sur la lutte contre la désertification (CNULCD). La dernière conférence, en décembre en Arabie saoudite, s’est conclue sans l’accord attendu pour établir un protocole mondial obligeant les pays à se doter de plans pour affronter les sécheresses.

Le sujet est renvoyé à la prochaine conférence, en Mongolie en 2026.