🆓 Dans « le monde d’après », où est la biodiversité ? (3 mn 30)

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Pétitions, appels, tribunes se multiplient à travers l’Europe pour imaginer un après-Covid « écologique ». Point commun : la biodiversité est la grande oubliée.

« Nous ne devons pas perdre de vue la crise climatique et écologique persistante. La création d’une dynamique pour mener cette bataille doit rester en tête de l’agenda politique ». C’est ce qu’écrivent 13 ministres en charge de l’environnement dans une tribune publiée sur le site Climate home news, sous le titre sans ambiguïté Le Green Deal européen doit être au centre d’une reprise solide après la conférence Covid-19. Le texte des ministres n’omet pas, à 5 reprises, de mentionner la biodiversité parmi les sujets qui devront être abordés quand se décideront les contours de  cette « reprise solide ». Mais alors que les mesures concrètes destinées à limiter les émissions de gaz à effets de serre sont longuement détaillées, rien de tangible n’est proposé concernant la préservation ou la restauration des écosystèmes, la promotion des espaces naturels, la protection des espèces, y compris les plus menacées d’entre elles. Le « Green deal » européen, auquel se réfèrent les ministres signataires, constitue la feuille de route de na commission européenne présidée par Ursula Von der Leyen. Sa principale caractéristique est de traiter exclusivement les questions climatiques, et de délaisser totalement les sujets liés à l’effondrement de la biodiversité en Europe et dans le monde. La tribune des ministres a été initialement signée par les représentants de dix gouvernements, rejoints avec quelques jours de retard par trois autres ministres, dont la française Elisabeth Borne.

Cette dernière figure aussi parmi les premiers signataires d’une tribune plus large, associant dirigeants politiques et représentants de la « société civile », parmi lesquels des syndicalistes (Laurent Berger, CFDT) et des PDG de grandes entreprises (Jean-Dominique Sénart, Renault ; Emmanuel Faber, Danone ; Jean-Paul Agon, L’Oréal…). « La transformation vers une économie neutre en carbone, des systèmes agricoles plus durables et la protection de la biodiversité ont le potentiel pour créer rapidement des emplois, de la prospérité et améliorer la qualité de vie des citoyens, écrivent les auteurs de la tribune. C’est ainsi que nous construirons des sociétés plus résilientes. Il ne s’agira pas de recréer une économie ex nihilo.

Au cours des dix dernières années, de nouvelles technologies ont été développées et les chaînes de valeurs se sont transformées. Le coût de la transition s’est massivement réduit, par exemple dans les énergies renouvelables, le développement de la mobilité « zéro émission », l’agroécologie, l’efficacité énergétique, etc. Il y a dix ans, en 2009, après la crise financière, nous n’avions pas encore fait la preuve de la rentabilité de la rénovation thermique des logements, les voitures sans émissions n’étaient que des prototypes, l’énergie éolienne coûtait trois fois plus cher qu’aujourd’hui, le solaire sept fois plus ». Mobilités… efficacité énergétique… agroécologie… rénovation thermique… énergie solaire ou éolienne… Les mots « espèces », « écosystèmes », « espaces naturels », « faune », « flore »… ne figurent pas dans le texte.

Aura-t-on plus de chance avec la tribune intitulée « « Plus jamais ça ! » : 18 responsables d’organisations syndicales, associatives et environnementales appellent à préparer « le jour d’après » », signée par le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, Aurélie Trouvé (Attac), Jean-François Julliard (Greenpeace) et Cécile Duflot (Oxfam) ? Raté. Ce texte-là, qui en appelle« à toutes les forces progressistes et humanistes, et plus largement à toute la société, pour reconstruire ensemble un futur, écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral», ne prend même pas la précaution cosmétique de citer le mot « biodiversité », contrairement aux deux précédents.

Les présidents de Régions ont aussi leur idée sur l’après-Covid, plaidant pour un « new deal (décidément…) industriel et environnemental ». Et que comporte le volet « environnemental » de ce “new deal » ? « Organiser un déploiement massif, sur les territoires, des dispositifs d’aide à l’amélioration de l’efficacité énergétique de l’habitat et des bâtiments ». Et c’est tout ? Oui, c’est tout… Pourtant, Depuis les lois MAPTAM et NOTRe, adoptées en 2014 et 2015, les Régions sont les chefs de file pour la préservation de la biodiversité. Elles définissent et mettent en œuvre une stratégie régionale en concertation avec un comité régional de la biodiversité. Par ailleurs, certaines Régions ont saisi l’opportunité donnée par la loi de créer une Agence régionale de la biodiversité, conjointement avec l’Office française de la biodiversité. Mais pour « penser » l’après-Covid, les présidents semblent l’avoir totalement oublié.

Le tribune des ministres européens

La tribune « Un modèle de prospérité nouveau »

La tribune « Plus jamais ça »

Le « new-deal » des Régions de France