Une montagne de déconvenues pour le projet « Montagne d’or » (2 min 30)

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Le ministre de la Transition écologie François de Rugy a annoncé lors d’un débat à l’Assemblée que l’avis du gouvernement sur le projet industriel controversé d’extraction d’or en Guyane « Montagne d’Or » serait rendu « à l’horizon de ce semestre ». Par ailleurs, un autre projet d’extraction d’or de la compagnie, sur le même site, vient d’être annulé par le tribunal administratif.

« A l’horizon de ce semestre 2019, je serai amené à prendre position au nom du gouvernement » sur le projet d’extraction d’or « Montagne d’or » a déclaré le ministre, qui a annoncé qu’il se rendrait « prochainement en Guyane », lors d’un débat organisé à la demande des députés communistes. Prenant la parole sur le sujet, plusieurs députés ont rappelé les dimensions disproportionnés de Montagne d’or, ainsi que les risques environnementaux. Ils ont ainsi souligné sur l’impact en matière de déforestation (plus de 1500 hectares de forêts) et de biodiversité (plus de 2000 espèces dont 127 protégées sont menacées). Certains ont également critiqué les faibles retombées économiques prévues. Mais surtout, « la majorité des parlementaires a insisté sur la nécessité de respecter l’avis exprimé par la population guyanaise, indique le WWF France dans un communiqué. Ils ont rappelé les conclusions du débat public organisé par la CNDP l’an dernier qui mettait en évidence la méfiance des Guyanais vis-à-vis du promoteur ainsi que les résultats du sondage IFOP qui montre l’opposition de 7 Guyanais sur 10 au projet minier. » Le ministre François de Rugy souhaite que ce sujet soit « l’occasion de porter un regard plus large sur l’activité minière en Guyane » afin d’adopter « un cadre clair et sécurisant » pour l’exploitation aurifère. « C’est bien la question du code minier qui est posée, que je souhaite réformer aujourd’hui », a-t-il ajouté. Montagne d’Or, le plus important projet de mine d’or à ciel ouvert français, à l’étude en Guyane, prévoit l’exploitation d’une mine de 2,5 km de long, à partir de 2022, au sud de Saint-Laurent-du-Maroni, en forêt tropicale, via un procédé de récupération de l’or par cyanuration en circuit fermé. Soutenu par le patronat local et une partie des élus, le projet est combattu par les associations de défense de l’environnement et les organisations amérindiennes de Guyane. François de Rugy a rappelé « le risque de drainage minier acide et le risque de rupture de digues d’un bassin à résidus », affirmant qu’il ferait preuve d’une « vigilance absolue sur ces aspects ». Il a dit partager l’analyse d’Emmanuel Macron, qui a estimé que le projet Montagne d’Or n’était « à ce stade pas au meilleur niveau » en matière environnementale, devant des élus ultramarins reçus vendredi à l’Elysée. M. De Rugy a précisé qu’un « rapport d’inspection », commandé par les ministères de la Transition écologique, de l’Économie et des Outre-mer, sera « bientôt rendu ». Pascal Canfin, directeur général du WWF France à appelé « le gouvernement à enfin tenir compte de tous ces éléments, à acter l’abandon de Montagne d’Or à l’issue du déplacement de François de Rugy en Guyane afin d’amorcer un véritable développement durable du territoire qui réponde aux besoins des guyanais. »

Mardi 12 février, les associations environnementales Maiouri nature Guyane et Guyane environnement ont enregistré une première victoire avec l’annulation par le tribunal administratif de Guyane d’un arrêté préfectoral autorisant la société Montagne d’or à exploiter de l’or alluvionnaire dans le cadre d’un petit projet minier d’un kilomètre carré sur la même concession que celle du méga-projet « Montagne d’or ». Le tribunal a considéré que ces deux projets, loin d’être distincts, étaient en fait « un seul et même projet » selon la définition du code de l’environnement car ils prennent place dans le même milieu naturel, bien qu’ils soient séparés dans le temps et l’espace. Un aspect qui n’a pas été pris en compte dans l’étude d’impact. Enfin, le tribunal a affirmé qu’il pouvait y avoir conflit d’intérêt en ce que la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL), chargée de motiver un avis sur l’exploitation de cet or alluvionnaire, ne bénéficiait pas « de la séparation fonctionnelle adéquate » avec le préfet signataire de l’arrêté pour que son autonomie soit réelle. La décision du tribunal administratif constitue un signal judiciaire fort… qui ne devrait pas manquer d’inquiéter les porteurs du projet contesté.