Le trafic d’espèces sauvages favorise les nouvelles maladies infectieuses

Photo d'illustration © Florent-Vergnes-AFP

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La criminalité liée aux espèces sauvages et l’exploitation non durable de la nature augmentent le risque de transmission de maladies telles que le nouveau coronavirus, selon un rapport d’une agence onusienne publié vendredi 10 juillet. En Birmanie, où l’élevage de certaines espèces de faune sauvage vient d’être autorisé, cette inquiétude est plus que jamais soulevée par les ONG.

Les maladies causées par des agents pathogènes se propageant de l’animal à l’homme pourraient être favorisées dans le futur par le trafic d’espèces sauvages. « Sans l’interférence humaine par la déforestation, la capture, l’abattage, le trafic et la consommation d‘animaux sauvages, l’évolution et la transmission du coronavirus auraient été hautement improbables« , écrit l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) dans son rapport annuel sur la criminalité. « Environ 75% des nouvelles maladies infectieuses qui ont affecté l’homme au cours des trois dernières décennies proviennent des animaux. Quand ils sont braconnés à grande échelle et commercialisés de manière clandestine, hors de tout contrôle sanitaire, le potentiel de transmission est accru« , observe l’ONUDC. Les pangolins, identifiés comme possibles vecteurs du coronavirus, sont les mammifères sauvages les plus souvent braconnés, précise le rapport : les saisies de leurs écailles ont été multipliées par dix entre 2014 et 2018. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

La pandémie actuelle pourrait mener à un accroissement des trafics, prévient l’ONUDC : les produits issus de la faune et de la flore peuvent être présentés comme des « remèdes » au coronavirus, notamment la bile d’ours utilisée dans la médecine chinoise traditionnelle. Le rapport note par ailleurs que le commerce illégal de l’ivoire africain et de la corne de rhinocéros est « en déclin« , tandis que la demande de bois exotique a « considérablement augmenté au cours des deux dernières décennies« . L’ONUDC base ses conclusions sur 180.000 saisies dans près de 150 pays montrant que plus de 6.000 espèces différentes de mammifères, reptiles, coraux, poissons et oiseaux ont été saisies entre 1999 et 2019. Aucune espèce n’est responsable de plus de 5% des saisies et aucun pays n’a été identifié comme étant la source de plus de 9% du nombre total des saisies selon l’agence onusienne, les réseaux criminels ayant diversifié les ressources qu’ils exploitent. « Pour mieux reconstruire après la crise du coronavirus, nous ne pouvons pas nous permettre d‘ignorer la criminalité liée aux espèces sauvages« , a déclaré la directrice générale de l’Office des Nations Unies à Vienne Ghada Waly, dans un communiqué. Elle appelle les gouvernements à renforcer leur législation et à améliorer la coopération internationale.

L’avertissement des Nations Unies trouve un écho particulier en Birmanie, où les défenseurs de l’environnement ont exprimé leur inquiétude après l’autorisation récente d’élever tigres, pangolins et d’autres animaux en danger d’extinction à des fins commerciales. Ils redoutent de voir augmenter les trafics pour répondre à la demande chinoise. La Birmanie sert déjà de plate-forme au commerce illégal d’animaux sauvages qui représente selon des estimations 20 milliards de dollars au total dans le monde. En juin, le ministère chargé des Forêts a donné discrètement son feu vert aux zoos privés afin qu’ils puissent présenter des demandes d’autorisation d’élevage pour 90 espèces dont plus de 20 en danger ou au bord de l’extinction. Le ministère chargé des Forêts a assuré que la nouvelle liste avait été dressée « dans le plein respect de la loi » et après consultation des « associations de défense de l‘environnement, scientifiques et experts de terrain« . Les tigres, dont le nombre en Birmanie n’est estimé qu’à 22, les pangolins, les éléphants et différentes espèces de vautours ainsi que les dauphins de l’Irrawaddy dont il ne reste que quelques dizaines en liberté dans le pays figurent sur la liste des espèces autorisées et les crocodiles siamois, en voie de disparition, peuvent même être élevés pour leur viande et leur peau. Les défenseurs de l’environnement font valoir que l’élevage commercial légitime à long terme l’utilisation d’espèces en danger et nourrit la demande du marché.

« Les échanges commerciaux sont connus de longue date pour augmenter le commerce illégal d‘animaux sauvages en créant un marché parallèle et en favorisant la demande pour tous les produits issus d‘animaux sauvages« , ont averti le Fonds mondial pour la nature (WWF) et Fauna & Flora International (FFI) dans un communiqué conjoint. Des experts redoutent également le manque de moyens du pays pour réglementer ce commerce et le risque de voir des maladies animales contaminer les humains, y compris une éventuelle « nouvelle maladie Covid-19« . John Goodrich de l’ONG américaine Panthera a également mis en garde contre des complications supplémentaires pour le travail de la police, car les élevages risquent de « fournir un moyen de blanchiment« . La CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) autorise l’élevage en captivité de certaines espèces en danger mais dans le cadre d’une stricte réglementation. Les associations de défense de l’environnement soulignent le manque de moyens de la police birmane pour lutter contre le trafic d’animaux sauvages et redoutent de voir la Birmanie emprunter le même chemin que la Thaïlande, le Laos et le Vietnam. Le pays abrite dans ses forêts « une mine de trésors« , souligne FFI qui s’appuie sur des vidéos que l’organisation a réalisées et implore : « nous devons tout faire pour les protéger« .

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