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Depuis 1989, la station du Casset, située dans le Briançonnais au cœur du Parc national des Ecrins mesure l’évolution de la pollution atmosphérique. Si l’on constate les effets positifs des politiques internationales de réduction des émissions de polluants sur la qualité des eaux de pluie, les résultats des mesures sur l’azote et l’ozone sont moins encourageants, avec des conséquences possibles sur la santé humaine et les végétaux.

Voilà une trentaine d’années que la « station du Casset » fait partie de la planification des missions des agents du Parc national dans le Briançonnais. Tout au long de l’année, à pied ou à ski, ils accèdent à la station pour récupérer des prélèvements d’eau qui alimentent un réseau de surveillance réglementaire de la pollution de l’air. Mise en place dans le cadre du programme européen EMEP (European Monitoring and Evaluation Programme) et de l’observatoire français MERA (Mesure et Evaluation en zone Rurale de la pollution Atmosphérique à longue distance), cette station permet aux scientifiques d‘en apprendre davantage sur les éléments transportés dans l’atmosphère, dans le cadre de la pollution longue-distance.

Depuis 1990, l’eau de pluie au Casset est nettement moins acide. Avec une augmentation du pH à hauteur de 9% sur 27 ans, le résultat est encourageant à plusieurs titres : d’abord parce que cela signifie que les composés responsables de l’acidité des pluies sont en baisse, notamment ceux qui sont dérivés du soufre (sulfate exclusivement, avec une diminution des concentrations annuelles moyennes de 65% depuis 1990). De fait, cela induit une diminution des potentiels impacts négatifs sur les sols et la végétation.

Cette amélioration de la qualité de l’eau précipitée est dépendante d’une baisse des émissions de polluants primaires (dioxyde de soufre et oxydes d’azote), ce constat est applicable que ce soit dans d’autres stations alpines et françaises ou dans des régions plus éloignées en Europe. Cette baisse des émissions découle directement des politiques de régulation et de réduction des émissions polluantes en France et en Europe. En effet, ces polluants dans les pluies au Casset étant d’origine anthropique, et notamment industrielle et agricole, il est possible de considérer que ces politiques ont eu un effet positif.

Un problème demeure néanmoins quant à l’eau des pluies au Casset : la présence de composés azotés diminue de façon moins tranchée (nitrate principalement). Or, ces éléments peuvent avoir de potentiels impacts sur la végétation et les sols : un apport accru de nutriments dans un milieu peut provoquer un déséquilibre de la biodiversité (eutrophisation) mais également une acidification des écosystèmes.

Pour évaluer les effets des composés de l’eau des pluies sur les écosystèmes, la notion de charge critique a été créée en 1989 par la Commission Economique des Nations Unies pour l’Europe. La charge critique est définie comme la « valeur d’exposition à un ou plusieurs contaminants en-dessous de laquelle des effets significatifs indésirables sur des composantes sensibles de l’écosystème n’apparaissent pas, en l’état actuel des connaissances ».

La charge critique acidifiante liée au soufre et la charge critique eutrophisante liée à l’azote ont été calculées au Casset par le Point Focal National français, basé à Toulouse au laboratoire Ecolab. Il ressort que la charge critique acidifiante en soufre n’est jamais dépassée par les dépôts atmosphériques de sulfate au Casset. En revanche, les cumuls de dépôts azotés calculés à la station (nitrate + ammonium) ont des valeurs qui se rapprochent de la charge critique eutrophisante liée à l’azote.

Les niveaux d’azote dans les pluies sont donc à surveiller étroitement dans les eaux de pluie au Casset puisque cet espace semble être relativement sensible au phénomène d’eutrophisation au regard de la variété des écosystèmes et des substrats présents à proximité de la station et au sein du parc national des Écrins.

Les résultats obtenus quant aux concentrations d’ozone sont peu encourageants. On note au Casset une très faible tendance à la baisse de -0,4% sur 20 ans, peu significative. Cependant, on note une diminution des valeurs maximales mesurées, -3,6 % sur 20 ans, ce qui induit une diminution du nombre de pics. Au final, les valeurs d’ozone mesurées au Casset restent relativement élevées : en moyenne horaire, elles oscillent entre environ 80 µg/m3 et 100 µg/m . Cela est dû au fait que les concentrations d’ozone sont toujours plus élevées en montagne qu’en plaine ou qu’en zone urbaine. En effet, les précurseurs d’ozone (oxydes d’azote et composés organiques volatils présents en grande quantité en zone urbaine) peuvent dans certains cas spécifiques détruire l’ozone… En dépit des efforts réalisés par la France et les pays européens sur les émissions des précurseurs d’ozone, il n’y a pas réellement de changement quant au niveau moyen qui reste plus ou moins constant sur l’ensemble de la période. L’absence de baisse importante des valeurs de fond est inquiétante car cela induit une confrontation permanente des hommes et des écosystèmes à des niveaux d’ozone élevés. Les seuils de réglementation établis pour les concentrations d’ozone sont largement et régulièrement dépassés au Casset, que ce soit le seuil de recommandation pour la protection de la santé humaine ou celui de la végétation. Cependant, le seuil de protection de la santé est de moins en moins régulièrement dépassé au Casset ces dernière années, ce qui est encourageant, cela est lié à la diminution des valeurs maximales mesurées. Pour autant, les comportements de ce gaz sont complexes : son niveau de concentration n’est pas nécessairement accompagné d’une augmentation/baisse des éléments précurseurs de sa formation…

Concernant la végétation, en revanche, on ne note pas réellement de baisse, ce qui est forcément inquiétant pour les écosystèmes du parc national qui constituent un patrimoine naturel fragile et protégé, abritant des espèces végétales rares et sensibles.