La LPO et l’Australie veulent protéger la faune sauvage des chats errants

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En prévision des vacances estivales, propices à l’abandon des animaux domestiques, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) met en garde contre l’impact des chats errants sur la biodiversité. En Australie, une association construit une immense clôture pour contenir les félins.

Si la population de chats domestiques augmente annuellement dans les foyers, celle des chats errants (c’est-à-dire abandonnés) et harets (les chats abandonnés demeurant à l’état sauvage) s’accroît proportionnellement. La France compte ainsi 8 à 10 millions de chats errants et un nombre inconnu de chats harets. Cette situation contribue à faire du chat domestique une des espèces les plus invasives dans les écosystèmes naturels, car les chats sont des prédateurs actifs et nuisent directement à la biodiversité, notamment les oiseaux. Leur activité prédatrice varie en fonction de divers facteurs tels que l’âge, la condition physique, le tempérament, la stérilisation, la sécurité alimentaire ou encore les conditions météorologiques… Et cette prédation devient préoccupante pour la petite faune sauvage, notamment dans les zones semi-urbaines soumises à la perte d’habitats et à diverses pollutions.

Dans un communiqué, la LPO estime « qu’un chat domestique bien nourri capture en moyenne 30 proies par an, contre 270 pour un chat errant et 1 000 pour un chat haret. Le nombre d’oiseaux tués par des chats s’élèverait à 75 millions en France, 27 millions en Grande-Bretagne et 500 millions aux Etats-Unis. Dans les centres de soins LPO, 8 à 10 % des animaux blessés ont été victimes d’un chat domestique : 88 % d’oiseaux et 12 % de mammifères (dont 60 % sont des chauves-souris). »

Face à ce constat, la LPO a conduit une étude sur divers dispositifs de protection de la petite faune et en dégage cinq bonnes pratiques de cohabitation entre les chats et les animaux du jardin. L’association encourage la création de zones de refuges pour les animaux qui se sentent en danger, tels qu’une « zone enherbée sauvage, un muret en pierres sèches » ou « des haies et buissons épineux ». Pour aider les refuges, souvent en situation de surnombre, à accueillir des chats errants, les aspirants propriétaires préféreront adopter un chat dans ces infrastructures pour libérer de la place, plutôt que dans des animaleries. La stérilisation est préconisée pour limiter la prolifération des individus errants, ainsi que l’identification, obligatoire depuis le 1er janvier 2012. Enfin, la LPO rappelle que « jouer avec son chat ou lui garantir la sécurité alimentaire peut atténuer son instinct de prédateur. »

De l’autre côté du monde, en Australie, l’ONG Australian Wildlife Conservancy (AWC), a lancé le chantier d’une clôture infranchissable par les chats harets afin de ceinturer une immense zone où seront réintroduites des espèces décimées par ce prédateur introduit il y a deux siècles par les colons européens, et qui compte aujourd’hui plusieurs millions d’individus. Cette clôture va permettre de créer un refuge de 69 000 hectares au nord-ouest d’Alice Spring, dans le désertique « outback ». En parallèle, des centaines de chats sauvages seront attrapés et tués. Le projet prévoit la réintroduction d’une dizaine d’espèces qui survivent actuellement sur des îles ou des poches protégées. « Concrètement, tous les mammifères de petite à moyenne taille, en particulier dans le centre de l’Australie, ont vu leurs nombres chuter de façon dramatique, a déclaré mercredi à l’AFP Atticus Fleming, directeur général d’AWC. Ce que virent les premiers explorateurs fut un bush australien qui regorgeait de petits animaux. Mais les chats sauvages et les renards, en particulier, ont volé la vie sauvage indigène et une bonne partie du centre de l’Australie est désormais un désert en ce qui concerne les marsupiaux. » Jusqu’à 400 chats seront éliminés au début de l’année prochaine, quand la première phase de l’érection de la clôture sera achevée. Les réintroductions débuteront en 2019. Les premières espèces concernées sont le numbat -ou fourmilier marsupial- et le wallaby des rochers, ou pétrogale d’Australie occidentale. Parmi les autres espèces qui doivent être réintroduites figurent le chat marsupial de Geoffroy, le bettongie à queue touffue et le bilbi. « Dans trois à quatre ans, on pourra visiter cette zone et voir le bush australien comme il était il y a 200 ans », a déclaré M. Flemming.