La France s’engage à protéger ses récifs coralliens

2085
⏱ Lecture 2 mn.

Indonésie, Australie : série noire pour les coraux. Ségolène Royal promet de préserver la richesse corallienne des Départements d’Outre-Mer.

Les récifs de corail sont d’humeur maussade. Le 4 Mars, un paquebot britannique de 4 200 tonnes heurtait des récifs pendant la marée basse à proximité de Kri, une des 1 500 îles de Raja Ampat, un archipel de Papouasie occidentale aux écosystèmes parmi les plus variés de la planète. Le paquebot a pénétré dans une zone qu’il n’aurait jamais dû franchir et a endommagé quelque 13 500 mètres carrés de récifs coralliens uniques. Quelques jours plus tard, on apprenait grâce à des relevés aériens effectués au-dessus de la côte nord-est de l’Australie que les récifs de la Grande Barrière de corail ont connu un épisode de blanchissement – un dépérissement provoqué par la hausse de la température de l’eau – sans précédent pour la deuxième année consécutive. Les scientifiques pensent que les récifs pourront s’en remettre si l’eau refroidit, aussi bien que mourir si le phénomène persiste…

Comme un pied de nez à cette série noire, la ministre de l’Environnement Ségolène Royal, en déplacement dans les Caraïbes pour la COP de la Convention de Carthagène a affirmé son engagement en faveur de la protection stricte des récifs antillais. Pour la première fois en France, un arrêté ministériel va protéger 16 espèces de coraux constructrices (dont le corail corne de cerf, le corail corne d’élan et le corail étoile) en Guadeloupe, Martinique et à Saint-Martin. Cette nouvelle mesure, validée à l’unanimité par les experts du conseil national de la protection de la nature, dispose que seront interdits la mutilation, la destruction, l’enlèvement de spécimens dans le milieu naturel et toute action susceptible d’avoir un impact notable sur les espèces considérées.

Cette décision, une première en France, fait suite à un rapport publié par le réseau IFRECOR (Initiative française pour les récifs coralliens) rappelant l’importance et la richesse des écosystèmes coralliens. « Les récifs coralliens s’étendent sur moins d’1% des océans mais renferment une biodiversité animale et végétale d’une grande richesse, assure-t-il : 10 000 espèces connues, dont 800 coraux, 8 000 poissons, 25 000 mollusques. Ils fournissent aussi d’importants services : barrières contre la houle, source d’alimentation, support du tourisme. » On peut également y lire que les coraux rendent un grand service écosystémique : « celui de séquestration du carbone, très important chez les herbiers et les mangroves. Ces formations seraient responsables de 40% du carbone fixé chaque année par la végétation côtière. » Ainsi, la valeur annuelle des services rendus par les écosystèmes coralliens des Outre-mer français est estimée à 1,3 milliards d’euros.

Pourtant les récifs de coraux sont grandement menacés par les activités humaines (pollutions chimiques, ancrages des bateaux, etc) et le changement climatique. « La synthèse globale sur l’évolution des récifs coralliens des Caraïbes entre 1970 à 2012 montre une tendance à la dégradation généralisée à l’échelle régionale », poursuit le rapport. La Guadeloupe aurait perdu 30 à 50% de ses coraux selon les secteurs, tandis qu’en Martinique, le blanchissement aurait tué 14% des populations coralliennes. Le rapport note toutefois que « L’existence de sites exceptionnels comme la Caye d’Olbian en Martinique, où le recouvrement corallien atteint près de 60 %,reste un signe encourageant pour la persistance des récifs dans la région. »

L’arrêté ministériel français s’inscrira dans la dynamique mondiale pour la lutte contre le changement climatique et la protection de l’Océan et répondra en partie à l’objectif de préservation de 75% des récifs coralliens de la France d’ici 2021, tel qu’inscrit dans la loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité de la nature et des paysages.

Le rapport de l’Ifrecor