Peut-on concilier moulins et continuité écologique ?

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Pour la 3ème fois, un rapport du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) tente de concilier biodiversité et ouvrages patrimoniaux.

Le plan d’actions pour la restauration de la continuité écologique des cours d’eau a été conçu avec un objectif environnemental de reconquête des milieux aquatiques. Malheureusement, la concertation et l’enthousiasme du Grenelle de l’environnement ont fait long feu et, pour ce programme, laissé place à une situation des plus conflictuelles : quelle sera la « rivière idéale », qui doit en décider et comment ? Ce qui est souvent perçu par certains propriétaires de moulins comme du « militantisme » des structures chargées de mettre en œuvre ce plan − dont ils s’estiment victimes ‒ trouve en réalité une explication structurelle objective : de la politique de l’eau découle la manière dont les orientations prises ont été mises en œuvre jusqu’à présent, avec un cadrage national et une déclinaison spécifique par bassin. Souvent présentée comme « destructrice » avec l’arasement des seuils, cette politique dispose pourtant d’une palette de solutions techniques permettant de restaurer la continuité écologique. Celle-ci ne vise pas que la circulation piscicole mais aussi le rétablissement du transit sédimentaire au profit de l’hydromorphologie de la rivière.

Au niveau local, le rapport recense de vraies réussites, qui s’apprécient par les résultats obtenus en matière de reproduction et de remontée d’espèces piscicoles, mais aussi par les effets induits tels que la réduction du risque d’inondation, la facilitation de l’entretien des rivières ou encore la circulation des canoës-kayaks. Pour autant, cette politique rencontre des blocages. Leur écho médiatique au cours des derniers mois, tendant à réduire la restauration de la continuité écologique à l’effacement des ouvrages et à la décrire comme « la destruction planifiée de nos moulins », a contribué à créer des doutes sur son bien-fondé

Les solutions passent d’abord par une mise à plat des enjeux et un partage des objectifs à une échelle territoriale cohérente : celle d’un bassin versant ou d’un axe de cours d’eau. C’est sur cette étape, qui se situe avant même que ne soient étudiés les premiers projets par ouvrage, que les auteurs recommandent de concentrer les efforts. Ils proposent aussi d’améliorer la gouvernance : associer davantage les propriétaires de moulins et leurs représentants aux décisions les concernant et renforcer la conscience de leur responsabilité environnementale. Les moulins sont aujourd’hui porteurs d’une riche symbolique ; un grand nombre d’entre eux participent, par leur implantation en fond de vallée ou en milieu urbain, à la constitution de paysages construits, aménagés en fonction de l’eau qu’ils maîtrisent. Ils demeurent la plupart du temps les traces visibles d’une activité passée. Tous ne justifient cependant pas la sauvegarde inconditionnelle de leur seuil, notamment quand l’absence d’usage de l’eau et d’entretien pendant des décennies a entraîné la ruine de leurs ouvrages hydrauliques et que, transformés en « résidence au bord de l’eau», ils n’ont plus la capacité à participer à la gestion de la rivière.

Si l’objectif de continuité est incontournable, il peut être assuré avec des solutions moins radicales, quitte à ce que celles-ci soient moins efficaces en termes de gain écologique lorsque la valeur patrimoniale du moulin le justifie. Le rapportpropose des critères d’identification des moulins patrimoniaux ainsi qu’une méthode pour évaluer cette dimension patrimoniale de façon objective et concertée, avec une reconnaissance susceptible d’évoluer, à terme, vers un label.

L’état des lieux détaillé

Le rapport de synthèse