30 % de pesticides en moins ? Sans problème

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Une étude à grande échelle de l’INRA prouve que la productivité n’en souffrirait pas. Pour la première foi depuis 2008, les ventes de pesticides ont reculé en 2015

Les résultats sont issus d’un travail d’analyse de la diversité et des performances des systèmes de culture du réseau DEPHY-Ferme, vaste réseau expérimental mis en place dans le cadre du plan Ecophyto. Les données concernent 946 fermes de grandes cultures conventionnelles montrant des niveaux contrastés d’usage de pesticides et couvrant une diversité de pratiques agricoles françaises. Les chercheurs de l’Inra ont étudié la relation entre le niveau d’usage de pesticides et la productivité d’une part (exprimée en MJ/ha/an), la rentabilité d’autre part (estimée par la marge ‘semi-nette’, exprimée en €/ha/an).

Les analyses montrent que la relation entre la Fréquence de Traitements phytosanitaires (IFT) et les résultats en termes de productivité/rentabilité dépend de la situation de production (type de sol, climat, association à l’élevage qui facilite la diversification par des cultures fourragères rustiques, accès à l’irrigation, ..), accès aux débouchés pour des cultures industrielles. En tenant compte de ces éléments de contexte, il serait possible de diminuer l’IFT en maintenant une productivité équivalente ou meilleure dans 94% des situations, et en maintenant une rentabilité équivalente ou meilleure dans 78% des situations. Cependant cette diminution d’IFT n’entraîne pas de gain de performance économique dans 89% des situations. En clair : au pire, utiliser moins de produits phytosanitaires n’affecte en rien les performances de l’exploitation.

Par ailleurs, les chercheurs de l’Inra décrivent un scénario de transition ‘ECOPHYTO’ généralisé, selon lequel chaque agriculteur DEPHY adopterait les pratiques de l’agriculteur DEPHY qui travaille dans le même type de contexte, mais avec un IFT plus faible et une rentabilité au-moins équivalente (pour que la transition soit acceptable économiquement). Selon ce scénario, la baisse d’IFT moyenne des fermes qui changeraient de système de culture serait de 42%, sans baisse ni gain de rentabilité, soit une baisse moyenne extrapolée à l’échelle du territoire national de 30%, compte tenu des fermes qui ne pourraient changer leur système sans perdre en rentabilité. Selon ce scénario, les fermes qui changeraient de pratiques baisseraient en moyenne l’usage d’herbicides de 37%, l’usage de fongicides de 47%, et l’usage d’insecticides de 60%.

Ces résultats montrent que la réduction de l’usage des pesticides sans perte de performances est possible du point de vue technique et économique, à condition d’adaptations conséquentes des systèmes de culture, comme par exemple la diversification des cultures, avec introduction de cultures rustiques ou de prairies temporaires en régions d’élevage, la diversification des variétés,  l’ajustement des dates de semis et des modalités de fertilisation associées à la modération des objectifs de rendement sur certaines cultures, l’utilisation des techniques de faux-semis et de désherbage mécanique. Or, la mise en œuvre de ces adaptations n’est pas nécessairement facile et requiert un accompagnement des agriculteurs, par le conseil, l’organisation des filières, la couverture de l’augmentation de l’exposition au risque, etc. De plus ces modifications conséquentes ne générant pas de gain économique pour l’agriculteur dans 89% des situations des mesures d’incitation économique semblent également indispensables (Paiements pour Services Environnementaux par exemple).

Pour la première fois depuis 2008, les ventes de pesticides ont reculé en France en 2015, mais agriculteurs et coopératives sont attendus au tournant, car cette première baisse est essentiellement le fait des jardineries. Cette « inversion de la courbe », -2,7% (-14% en zones non-agricoles), annoncée fièrement fin janvier par le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, qui a fait de l’agroécologie son cheval de bataille, n’augure pas forcément de l’atteinte des objectifs fixés par les autorités: -25% en 2020, -50% à l’horizon 2025. « C’est une bonne nouvelle, salue Benoît Lavier, président de l’Association pour la promotion d’une agriculture durable (Apad) et cultivateur en Côte d’Or: il faut amplifier le mouvement, mais c’est compliqué. Ces changements impliquent une remise en cause profonde des systèmes de production agricole ».

Lui a fait le choix de la conservation des sols, des pratiques qui permettent de lutter contre l’érosion des sols et d’améliorer naturellement leur fertilité, notamment en évitant d’avoir recours au labour.