De l’édition 2026 du Forum économique mondial, qui s’est achevée vendredi dernier à Davos, on ne retiendra hélas que les vociférations du sinistre guignol de la Maison-Blanche, qui évoquent de plus en plus désagréablement celles de Charlie Chaplin dans Le Dictateur.
L’oligarchie mondiale accourue en Suisse en jets privés a la mémoire courte. Il y a six ans, dans un rapport intitulé Risques naturels croissants : pourquoi la crise qui touche la nature est importante pour les entreprises et l’économie, le Forum rappelait que plus de la moitié du produit intérieur brut (PIB) mondial dépend de la nature et des services qu’elle fournit (pollinisation, régulation du climat, prévention des crues, etc). La destruction de la biodiversité, pouvait-on lire, a des impacts sur la plupart des entreprises, leurs opérations, leurs chaînes d’approvisionnement et leurs marchés. Les grands vizirs de l’économie libérale y insistaient sur le fait que l’effondrement des écosystèmes est l’une des principales menaces pour l’humanité. Sans blague…
Les participants se sont abstenus, cette année, de s’intéresser à un nouveau rapport, publié en plein forum par le Programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE). Il comporte une bonne et une mauvaise nouvelle. Commençons par la bonne : dans le monde, on n’a jamais dépensé autant d’argent public pour protéger ou restaurer les écosystèmes : 220 milliards de dollars. Maintenant la mauvaise : simultanément, on a dépensé 30 fois plus… pour les détruire (7 300 milliards d’investissements et de subventions nuisibles à l’environnement). Au podium des secteurs économiques gavés de cet argent toxique, les énergies fossiles sont suivies de l’agro-industrie et de l’accaparement de l’eau.
Voilà des chiffres qui ne devraient pas nous surprendre, nous autres Français macronisés depuis neuf ans. En 2023, la Cour des comptes relevait que les dépenses néfastes pour les écosystèmes avaient doublé en un an (10,3 milliards d’euros en 2022, 19,6 milliards en 2023). Sans parler des mesures invisibilisés dans cette estimation, simplement parce que leur étude d’impact est inexistante ou lacunaire.
Mais qui se soucie des ratiocinations des expert-e-s du PNUE ou de la Cour des comptes ? L’infortuné violon utilisé pour soulager leurs vessies a depuis longtemps rendu l’âme. Le quintette de contrebasses pressenti pour le remplacer vient de déclarer forfait.

