Pour un plat de lentilles

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Ici, il y a quelques mois, il y avait des vignes. Et trois jeunes viticulteurs inquiets de voir la ressource en eau se tarir et leurs ceps menacés de mourir de soif. Sans parler du vin qui ne se vend plus.

Aujourd’hui, les trois gaillards cultivent des lentilles sur 6 ha, et des pois chiches sur 3 ha. Leur association, Les Perles du Gard, prévoit de doubler dès 2026 sa surface cultivée en se lançant dans la production de quinoa et de lentilles corail.

Les villes d’Alès et de Nîmes soutiennent leur démarche en achetant 4 tonnes de leurs légumineuses pour proposer dans les cantines scolaires des menus un peu moins carnés. Le combo gagnant pour les paysans, pour l’économie locale, pour la biodiversité, et pour la santé des enfants. Voilà de l’argent public plutôt bien employé, non ?

On adorerait en rester à cette belle histoire. Mais voilà…

La moitié des lentilles consommées en France sont importées du Canada sans droits de douane, en vertu d’un accord de libre-échange (le CETA) conclu en 2016 entre l’Union européenne et le Canada (le même genre d’accord que celui fomenté par la Commission européenne avec l’Amérique du sud). Or il ne s’agit pas exactement du même produit : au Canada, dans les jours précédant la récolte, les plants sont aspergés de pesticides pour accélérer le séchage des lentilles. En France c’est heureusement interdit : le soleil et le vent se chargent du séchage. Le principal produit utilisé au Canada est le glyphosate. La méthode favorise une agriculture intensive et réduit les coûts, en facilitant la récolte sur les gigantesques parcelles des exploitations canadiennes.

Nos trois pionniers gardois se lancent dans la course avec un joli handicap, non ?

Faisons, malgré tout, un rêve. Un rêve dans lequel l’exemple du trio gardois conduirait le monde agricole à repenser ses pratiques, à s’orienter vers des cultures plus conformes aux nouvelles conditions climatiques, aux impératifs de santé publique et de biodiversité, et aux attentes de la société. Un rêve où, comme les citoyens le réclament sondage après sondage, les politiques publiques soutiendraient ces bifurcations, par la réglementation et les financements.

Mais il faut se réveiller : les mesures « d’urgence » annoncées par le gouvernement la semaine dernière pour répondre au chantage exercé par la FNSEA vont exactement à l’opposé de ces orientations.

Question d’habitude : ce n’est hélas pas la première fois que le pouvoir macronien et ses obligés sacrifient le bien public pour un plat de lentilles…