Des milliards pour les uns, la mort lente pour les autres

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Connaissez-vous cette forme de spleen qui vous saisit quand arrivent les dernières pages d’un roman haletant ? Ce syndrome de manque qui vous fait ralentir la lecture du dernier chapitre pour différer le moment de refermer le bouquin ? C’est ce qu’ont dû éprouver députés et sénateurs en début de semaine, au moment de conclure l’interminable feuilleton du budget 2026 qui les a tenus occupés depuis l’automne.

Tout ça pour arriver à économiser 30 milliards d’euros sans écorner la fortune des 53 milliardaires français… qui s’est accrue de 16 % en 2025, rendant ces 53 élus plus riches que 32 millions de Français, soit la moitié de la population. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017, la fortune des milliardaires français a doublé, soit un gain de plus de 220 milliards d’euros.

Pendant ce temps, l’Union européenne estime à 1 700 milliards d’euros les sommes à dépenser sur les 25 prochaines années pour ramener aux normes sanitaires tolérables les taux de polluants éternels, les PFAS, présents dans la terre et dans l’eau.

Il y aurait bien une autre solution, nettement plus économique : interdire sans délai toute la famille des PFAS, dans les produits commercialisés en Europe. Il ne faudrait plus, dans ce cas, « que » 330 milliards pour éliminer d’ici 2040 toute trace de ce cauchemar sanitaire.

Mais voilà : les parlementaires sont beaucoup trop occupés à s’écharper autour de 30 malheureux milliards pour se soucier d’interdire les PFAS et d’inciter les industriels à trouver des solutions alternatives. Et les milliardaires gavés des dividendes de ces industries militent activement pour que soit écarté le scénario d’interdiction (à 330 milliards) qui pourrait nuire à leurs juteux business. Que leur importe, à eux, que 14 % des adolescents européens présentent déjà des concentrations sanguines excessives de ces polluants ? Que leur importe l’explosion de cancers, de dysfonctionnements hormonaux et immunitaires, d’anomalies du taux de cholestérol, de pubertés précoces ou retardées, d’obésités ou d’endométrioses ?

Privatisation des profits, socialisation de la misère et des maladies mortelles ou invalidantes, c’est la formule magique du capitalisme extractiviste qui se déchaine au XXIème siècle.