Réduire au silence. C’est le titre – on ne peut plus explicite- du livre que viennent de publier les éditions Rue de l’Échiquier. La juriste montpelliéraine Sophie Lemaître y détaille comment, à travers le monde et en France, le Droit est de plus en plus souvent rendu sinueux pour bâillonner les médias, les organisations non gouvernementales (ONG) et jusqu’à… la Justice elle-même.
James Gion a-t-il été rémunéré par la maison d’édition pour contribuer à la promotion du bouquin ? Des esprits complotistes pourraient facilement l’imaginer : vendredi dernier, ce juge du Dakota du Nord a confirmé la condamnation de Greenpeace à verser 345 millions de dollars à l’entreprise pétrolière Energy Transfer (le budget annuel de Greenpeace USA est de 40 millions de dollars !). Le crime de Greenpeace ? Avoir participé en 2016 et 2017 à l’organisation de manifestations initiées par 300 tribus amérindiennes pour protester contre la construction d’un pipeline de 1 800 kilomètres conçu pour transporter chaque jour 750 000 barils de brut, et dont le tracé originel devait passer sous le lac Ohae. L’eau de ce lac approvisionne la réserve de Standing Rock, il est considéré comme sacré par les tribus Sioux. L’action de Greenpeace, qui n’a pas directement pris part aux manifestations, a principalement consisté à former les manifestants à l’action non-violente… Mais James Gion a jugé l’ONG coupable de « diffamation, complot, violation de propriété privée et interférence délictuelle ». Pas moins. Précision : en dépit de ces horribles crimes éco-terroristes, Energy Transfer a pu construire son « Serpent noir », aujourd’hui opérationnel.
En saignant ainsi Greenpeace, les pétroliers américains entendent terroriser toutes les ONG qui prétendraient se mettre en travers de leurs desseins. C’est l’illustration pure et parfaite de la perversion de la loi via une procédure-bâillon. Sophie Lemaître détaille toutes les tactiques qui concourent à ces actions tordues -mais souvent efficaces- qui n’épargnent pas la France : on invoque la « diffamation », le « dénigrement », la « protection des données », le « secret des affaires »…
On prête à Jean-Louis Barrault cette maxime désabusée : « La démocratie c’est cause toujours, la dictature c’est ta gueule ». Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Réduire au silence, Sophie Lemaître, éditions Rue de l’Échiquier, 260 pages, 21 €.

