« Potentiellement »

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Oui ou non, manger bio permet-il d’échapper -au moins partiellement- à l’exposition au cadmium ? Sur ce point, le rapport publié le 25 mars par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), a généré plus de confusion que d’éclaircissements. Or la question n’a rien d’anecdotique : le cadmium est un cancérogène avéré, prioritairement suspecté dans la survenue de cancer du sein ou du pancréas, sans parler de l’ostéoporose qu’il favorise aussi. En France où l’incidence de ces maladies est parmi la plus élevée au monde, le niveau d’imprégnation de la population au cadmium est trois à quatre fois plus élevé que celui des autres pays européens. Pourquoi la France est-elle si exposée ? Parce son agro-industrie recourt massivement à des engrais phosphatés gavés de cadmium importés principalement du Maroc.

Et le bio dans tout ça ? Dans son rapport, l’ANSES écrit prudemment que l’agriculture biologique est « potentiellement tout aussi impactée que l’agriculture conventionnelle ». Tout est dans cet admirable « potentiellement ». « Potentiellement », je vais demain gagner à Euromillions et devenir milliardaire, n’est-ce pas ? Comment une agence scientifique censée veiller à la sécurité de nos aliments peut-elle se défausser derrière un adverbe aussi fumeux ? Et surtout, comment a-t-elle osé ignorer les dizaines d’études réalisées à travers le monde et qui convergent pour démontrer que les aliments bio sont en moyenne quatre fois moins contaminés que les autres ? Comment a-t-elle pu négliger que, bien que les engrais phosphatés ne soient pas bannis en agrobiologie, ils n’y sont de facto presque jamais employés ? Une étude conduite par l’institut technique des grandes cultures françaises révèle que sur 866 situations observées entre 2017 et 2021, une seule a recouru à du phosphate naturel.

Il est cependant exact qu’une fois introduit dans le sol, le cadmium y reste très, très longtemps… même si l’agriculteur convertit son terrain en bio. Sur ce constat, l’ANSES fonde son magnifique « potentiellement ». Alors que la logique élémentaire conduirait à bannir de toute urgence ces engrais mortels, et à favoriser le bio.

Que conclure ? Que « potentiellement », l’ANSES a menti, au moins par omission. Pourquoi ? « Potentiellement », sous la pression de sa tutelle, le ministère de l’Agriculture. Et « potentiellement », pour complaire aux lobbys nécro-agricoles…