Savez-vous ébouillanter une grenouille ?
C’est assez simple, il y a deux manières de procéder. La première : vous portez une casserole d’eau à ébullition, vous y jetez la grenouille. Simple et efficace. La grenouille se débattra atrocement, mais pas très longtemps. La deuxième : vous jetez votre grenouille à température ambiante, puis vous faites monter progressivement la température jusqu’à l’ébullition. La grenouille sombrera dans une molle torpeur dont elle ne sortira jamais…
Aux Etats-Unis, l’administration de Donald Trump ébouillante le Vivant et la démocratie à la sauvage : 100 °C direct. Les agences environnementales sont fermées du jour au lendemain, leurs agents licenciés sans préavis, les réglementations protectrices des espaces naturels ou des espèces menacées sont démantelées d’un simple décret, les laboratoires de recherche sont privés de subsides dès lors qu’ils poursuivent des études sur le climat ou la biodiversité (et dans pas mal d’autres domaines), les universités qui résistent -telle Harvard- sont asphyxiées par des oukases d’un autre âge.
Rien de tel chez nous. Ces méthodes vulgaires, tout juste dignes d’Américains infra-civilisés, sont unanimement considérées comme choquantes. Ici, on ne coupe pas les vivres aux instituts de recherche. Mais on travaille à un décret pour imposer à l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) des « usages prioritaires ». En clair, on travaille à priver une agence indépendante de son indépendance. Les néonicotinoïdes ? Pas « prioritaire ». Merci de regarder ailleurs… Ici, on « assouplit » les mesures de consultation des citoyens pour les élevages industriels. Simple mesure technique en apparence, mais qui a pour effet de relever fortement les seuils des élevages de volailles et de porcs concernés par le régime de l’autorisation, le plus strict, et d’ouvrir la voie à une exemption pour les élevages bovins. Ici on ne démantèle pas les mesures de protection des espaces naturels, mais on attribue une présomption d’intérêt général majeur aux projets de stockage de l’eau (les mégabassines). Ici on ne licencie pas les agents des services de protection des espaces ou des espèces… mais on travaille à fusionner arbitrairement les agences et à les détourner de leurs missions.
Au final, le sort de la grenouille française est-il vraiment plus enviable que celui de la grenouille américaine ?

