Les vandales et la pâte à tartiner…

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Les références s’entassent au milieu du magasin : palettes de Nutella et de la quasi-totalité des pâtes à tartiner, biscuits Lu ou Delacre, friandises M&M’s, Kinder ou Maltesers ou encore tablettes de chocolat Nestlé ou Côte d’or. Tous ces produits ont une caractéristique commune : ils contiennent des ingrédients cultivés par une agro-industrie qui a recours à l’acétamipride, utilisé pour combattre des insectes ravageurs… favorisés par la monoculture agro-industrielle.

Nous sommes à Mundolsheim près de Strasbourg, jeudi dernier, et les agriculteurs de la FNSEA font le happening en réaction à la censure partielle de la loi Duplomb, à l’issue de laquelle l’usage de l’acétamipride reste interdit en France (mais autorisé ailleurs en Europe, ce qui crée une incontestable distorsion de concurrence).

Cette action symbolique est riche d’un tas d’enseignements. La liste des produits visés constitue d’abord, de la part de la FNSEA, un formidable aveu : il ne s’agit que de produits marketing bourrés de sucres ultra-raffinés, de véritables concentrés de diabète, de cholestérol et d’obésité, bien loin des productions agricoles de base nécessaires à la souveraineté alimentaire de notre pays que le lobbying de la nécro-industrie invoque pourtant à tout bout de champ. Les masques sont tombés : l’acétamipride ne protège pas les cultures, il protège la rente du négoce sucrier et la noisette industrielle.

L’action de Mundolsheim revêt par ailleurs un caractère plutôt ironique : dénoncer les produits bourrés d’un pesticide létal aurait pu tout aussi bien être le fait d’Extinction Rébellion, des Soulèvements de la Terre ou de tout autre groupe que le gouvernement aurait tôt fait de qualifier d’éco-terroriste, de wokiste, et sans doute aussi d’antisémite pour que le combo soit complet.

Parmi les activistes qui conduisaient le raid dans l’hypermarché, se trouvait un producteur certifié « Haute valeur environnementale » (HVE), qui estimait pourtant avoir perdu plus de 12% de ses rendements de betteraves à sucre depuis l’interdiction des néonicotinoïdes. Voilà un autre aveu : le label HVE n’est qu’une grossière opération de greenwashing, destinée à déligitimer les labels d’agriculture bio.

Il faut enfin noter que l’opération s’est déroulée sous la protection bienveillante de la police. Si elle avait été le fait de militants écolos, nul doute que la maréchaussée se serait montrée moins bonhomme, et que son ministre aurait eu tôt fait de dénoncer le vandalisme inqualifiable de ses auteurs…

Retenons tout de même le point positif de cette histoire : entre agriculteur-ice-s et écolos, il peut tout de même exister quelques points de convergence…